Vous revenez sur les événements de Sivens et sur ce phénomène de ZAD, zones à défendre . Quelle est l’idéologie de ceux que l’on appelle les Zadistes ?

Il s’agit d’un mouvement d’écologie radical, rétif à toute forme d’organisation collective trop structurée. Il est nourri de littérature alternative, libertaire. Ces militants sont mobiles. Leur idéologie est assez vaporeuse et, pour l’instant, plutôt tournée contre. Contre la société capitaliste, consumériste, moutonnière. Ils sont marginaux ou très intégrés, ils s’installent, puis bougent, de ZAD en squat et de co-location en ZAD. Les ZAD, zones à défendre, un détournement de l’acronyme administratif « zone d’aménagement différé », sont pour ces militants souvent très jeunes et issus de la classe moyenne étudiante, des zones de lutte mais aussi de vie et d’expérimentation. Il y a une dizaine de lieux en France qui font office de points de ralliement des Zadistes. Ce sont en général de grands chantiers d’équipement contestés. C’est Notre-Dame-des-Landes qui est, en ce moment, le lieu le plus emblématique. Une petite société faite de campements autogérés, avec quelques centaines de militants (un noyau dur y vit en permanence). Des milliers de ZADistes occasionnels, venus de toute l’Europe, y passent pour quelques jours. S’y mêlent des écologistes plus classiques. Ça se passe plus ou moins bien. On y débat beaucoup, on y cultive des légumes, on y bricole, on y crée des spectacles vivants. les zadistes apparaissent pour beaucoup d’habitants voisins de ces ZAD comme une faune étrange et dangereuse. Pour d’autres, c’est une jeunesse qui ne se laisse pas happer par le système et qui tente d’inventer un monde différent.

Ils sont rejoints occasionnellement par des militants plus âgés.

Oui, c’est un mouvement qui a des fascinations pour des expériences alternatives passées… du mouvement hippie à la Commune de Paris. Mais il regroupe à la fois de brillants théoriciens, comme ceux du comité dit « invisible », auteur du livre devenu culte L’insurrection qui vient , que l’on pourrait qualifier de néo-situationniste (on pense bien sûr à Julien Coupat et à l'épicerie de Tarnac), et des écologistes environnementalistes pur jus. Fondamentalement, ce mouvement n’est pas violent. Mais certains, disent-ils, ont la haine et leur radicalité devient parfois destructrice. Ils s’en prennent alors aux symboles du capitalisme : aux banques, au mobilier urbain devenu support publicitaire, et aux symboles de l’Etat : drapeaux, monument aux morts. Mais il faut déconnecter l’idée de radicalité et de violence. Sur les ZAD, il y a des radicaux totalement pacifiques et des paysans qui, pour une cause locale et ponctuelle très dépolitisée, soutiennent les émeutiers dans des actions violentes. Et même s’il fait rarement la Une de la presse, ce mouvement est très imbriqué dans la modernité, sur les réseaux sociaux, il se veut expérimental, innovant. C’est sans doute le seul mouvement anticapitaliste –en ce moment- attractif pour une jeunesse protestataire qui se détourne de l’extrême gauche classique marxiste ou trotskiste, en perte de vitesse.

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