Carine Bécard.

Y a-t-il encore des frondeurs à l'Assemblée nationale? Jamais, ils n'ont été aussi discrets... Faut-il y voir la fin d'un mouvement, et surtout, une victoire de Manuel Valls qui - face à eux - n'a jamais cédé ?

En réalité, cela fait plusieurs mois déjà qu'ils ont disparu, depuis leur défaite, au Congrès de Poitiers, c'était en juin dernier... A l'époque, les frondeurs se sentent le vent en poupe, et veulent se persuader qu'ils peuvent décrocher la direction du Parti socialiste... sauf qu'à l'issue du scrutin, Jean-Christophe reste le Premier secrétaire du PS et la motion des frondeurs ne rassemble que 32% des voix... Ce n'est pourtant pas si mal de représenter un électeur sur trois... Dans le camp d'en face, à Droite, quand Bruno Le Maire a recueilli 27%, lui, dans sa bataille pour la présidence de l'UMP, face à Nicolas Sarkozy... il s'en est réjoui ! Il a même considéré qu'il était désormais devenu un personnage incontournable au sein de son parti... Ce n'est vraiment pas le sentiment des frondeurs à ce moment-là... Ils sont déçus de ne pas avoir réussi à imposer leurs idées... Et depuis, plusieurs de leurs membres se sont éloignés et le mouvement n'a cessé de se déliter...

Est-ce que les choses se seraient passées de la même façon si, dès le début, ils avaient créé leur propre parti?

C'est vrai qu'ils ne sont jamais passés à l'acte ! Jamais, ils ne se sont organisés... Et c'est certainement la faiblesse, aujourd'hui, de leur démarche... Pour autant le peuvent-ils vraiment ? Ce serait extrêmement compliqué... Pourquoi ? D'abord parce que les frondeurs viennent d'horizons beaucoup trop différents... C'est un agrégat de personnalités... Il y a les proches de Martine Aubry, les inconditionnels d'Arnaud Montebourg, les soutiens de Marie-Noëlle Lienemann, et j'en passe ! C'est une constellation de petites chapelles... et personne n'a encore trouvé comment les fédérer... L'autre problème ensuite, c'est de savoir - qui - en prendra la tête... Si les frondeurs veulent incarner la nouvelle Gauche radicale - façon Syriza ou Podemos - ils ne peuvent évidemment pas y installer un vieil apparatchik du PS... Il leur faut des visages neufs ! Donc l'étape cruciale de la construction d'un parti - qui permet véritablement d'exister - est une marche qu'ils ont pour l'instant ratée et qui paraît mal engagée...

Donc, face à des frondeurs qui peinent à se construire et dont le mouvement est même en train de se déliter... Manuel Valls peut respirer !

Oui, pour le moment... mais pas, pour très longtemps... Puisque c'est le Premier ministre lui-même, sans oublier le président, qui entretiennent la fabrique de frondeurs... du fait de leur politique économique et de l'absence de résultats patents. Donc la fronde peut reprendre au lendemain des élections régionales, surtout si la défaite est plus sévère encore que celle qui a été annoncée... Le seul problème, c'est que fronder juste avant la grande bataille présidentielle, cela va devenir de plus en plus compliqué... C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, personne n'a bougé pendant le débat budgétaire. Parce que personne ne veut endosser la responsabilité de faire perdre son camp.

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