Retour sur l’attaque devant la mosquée de Bayonne… Faits divers, acte isolé d’un déséquilibré ? Ou radicalisation nourrie par un discours ambiant ?

Marine Le Pen
Marine Le Pen © AFP / CLEMENT MAHOUDEAU

Pour comprendre le malaise, il faut voir la rapidité avec laquelle Marine Le Pen a réagi, lundi, pour mettre immédiatement un cordon sanitaire entre son parti et cet octogénaire qualifié de « dingue », ou de « vieux fou ». Un « dingue » qui a quand même porté les couleurs RN aux dernières élections départementales. Contre-offensive immédiate des porte-parole du mouvement, communication de crise : « Pas d’amalgame », « il n’était plus chez nous ». Sauf qu’on n’a toujours pas compris s’il était parti de lui-même ou si le RN avait vraiment fait le ménage à l’époque. « Acte inqualifiable absolument contraire à nos valeurs », tweete Marine Le Pen. 

Donc, il faudrait, nous, observateurs, qu’on en reste là : « un candidat sur 8.000 », après tout, des déséquilibrés, il peut y en avoir partout… Tiens, la tuerie de Nanterre en 2002, Richard Durn, il était bien militant écolo ? A écouter les représentants du RN, il faudrait circuler, passer à autre chose, car il n’y aurait rien à voir… 

Et ça, c’est trop simple ? 

Comment cette génération d’élus peut-elle s’imaginer que leurs paroles sont sans conséquences ? Que les mots sont sans effet, sans impact, sur la société ? Quand on insinue pendant des semaines que Notre-Dame n’a pas brûlé par hasard, que la piste islamiste a été trop vite écartée… Fake news signée Jean Messiha (haut cadre du RN), relayée par d’autres comme Nicolas Dupont-Aignan. 

C’est pourtant le B à BA de ce que nos enfants apprennent en cours d’histoire. Un processus, une mécanique terrible, brillamment expliquée au Mémorial du camp des Milles, près d’Aix-en-Provence. L’intolérance dans les mots, la différence théorisée, l’escale dans la violence, et à chaque fois le franchissement d’un pallier de haine supplémentaire jusqu’au point de non-retour, quand on veut supprimer, au sens propre comme au sens figuré, l’Autre, perçu comme une menace.

Mais le RN d’aujourd’hui se revendique comme un parti républicain, non violent, qui veut gagner légalement par les urnes !

Sauf que depuis deux semaines, il est le principal accélérateur de tensions dans le pays. Qui agresse une mère voilée venue accompagner des écoliers dans un conseil régional ? C’est un élu RN. Qui pétitionne à coups de pages facebook racoleuses pour interdire le voile dans l’espace public ? C’est le RN et Marine Le Pen. Mais qui, aussi, se précipite dans la brèche ouverte ? La droite républicaine, ses sénateurs, pressés de re-légiférer sur le voile. 

Et tout ce petit monde s’auto-alimente, les barrières sautent, un ministre dit que le voile n’est pas souhaitable. Plus haut, plus fort, plus bête… Voilà un éditorialiste du Figaro qui clame et craque sur un plateau télé : « je déteste la religion musulmane ». Avant de s’excuser platement. Et pendant ce temps-là, un Zemmour invité tous les soirs sur CNews pérore pour appeler à la guerre civile, dédouaner Pétain ou rouvrir les plaies de la guerre d’Algérie.

Mais encore une fois, quel rapport avec le RN, Yael ? 

Ah oui, « pas d’amalgame », nous disent les proches de Marine Le Pen… Mais qui Marine Le Pen félicite-t-elle, lundi, pour sa victoire électorale dans le Land allemand de Thuringe ? Ses alliés de l’AFD, dont la tête de liste, Björn Höcke, est fasciné par le 3ème Reich. Et qui le RN vient-il d’embaucher comme assistant parlementaire à Bruxelles ? Damien Rieu, ancien porte-parole de Génération identitaire, condamné en justice pour avoir occupé le chantier d’une mosquée à Poitiers en 2012, recondamné pour avoir mené l’opération anti-migrants du col de l’Echelle dans les Alpes. Encore un théoricien du grand remplacement. Ce même grand remplacement qui a nourri le cerveau détraqué d’un suprémaciste blanc néo-zélandais (51 morts dans une mosquée de Christchurch, en mars dernier). 

Quand on fait croire qu’une élite mondialisée organise l’arrivée massive d’immigrés musulmans pour remplacer l’homme blanc… Il y a des âmes faibles pour le croire. Et quand un Zemmour y ajoute la notion de « Musulmans colonisateurs » et appelle à résister… Faut-il s’étonner que tout dérape ? 

Oui, il faudra d’autres paroles fortes, comme celle du Président hier soir (lors de l’inauguration du Centre européen du judaïsme) pour stopper l’escalade et remettre la laïcité au cœur du village républicain. Jean-Luc Mélenchon et Edouard Philippe, à l’unisson ce qui est rare, ont montré la voie et donner de la voix, hier, à l’Assemblée, et pour une fois, ça faisait du bien. 

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