L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. Face au terrorisme islamiste, comment résister à l'escalade ?

Après l'attaque au couteau survenu ce jeudi matin à Nice dans la basilique Notre-Dame
Après l'attaque au couteau survenu ce jeudi matin à Nice dans la basilique Notre-Dame © AFP / Valery HACHE

S'il y a bien une chose qui ne se reconfine pas, c'est la parole politique sur twitter. Elle n'attend pas. On y va, on réagit. Sans recul ni délai de décence. Le sang des victimes de Nice était encore chaud qu'on pouvait lire ceci. "Notre pays n'est plus libre, nous sommes en guerre", compte twitter du député Eric Ciotti. "Notre pays ne peut plus se contenter des lois de la paix", compte twitter du maire de Nice Christian Estrosi.  "Déclenchons l'état d'urgence sécuritaire, c'est la guerre civile", dixit Nicolas Dupont-Aignan. Enfin message posté par Marine Le Pen à ses deux millions et demi d'abonnés : "Il faut les mettre hors d'état de nuire légalement, grâce à l'État de droit".  

Tiens, tiens. Deux remarques : la première, c'est ce chassé-croisé dans les mots. "L'Etat de droit", chez Marine Le Pen. "Les lois d'exception", chez les élus de droite républicaine. Confirmation d'un durcissement amorcé au lendemain de la décapitation de Samuel Paty. Les LR n'ont pas participé, ou très peu, au rassemblement organisé place de La République le dimanche qui a suivi l'attaque.   

Deuxième remarque : la surenchère et son piège. Laisser penser que le gouvernement ne fait rien. Nice, ville polytraumatisée, est un symbole. Emmanuel Macron vient sur place, comme il était venu à Conflans devant le collège de Samuel Paty. Il y a deux semaines, le Président ressuscitait le "no pasaran" des Républicains espagnols. Le problème, c'est qu'ils sont repassés, et cette fois dans une Eglise. Alors oui, du collège à la basilique, son appel à l'unité et au sang-froid sonne comme une douloureuse et impuissante répétition.  

Pouvait-il dire autre chose ? Est-il condamné à courir d'attentat en attentat ?

Comme chef de l'Etat, Emmanuel Macron est parfaitement à sa place. Compassion et unité de la nation. Liberté de critiquer ? Bien sûr, mais pas de s'abîmer collectivement. Quel est le message implicite ? La démocratie n'a plus les armes ? Donc on s'en affranchit ? C'est exactement le piège tendu par nos ennemis. "Les lois de la paix ne suffisent plus", dit Christian Estrosi. Donc on change de régime ? On pratique le talion ? On châtie les barbares et on ressuscite la guillotine ? Mais c'est justement notre civilisation qui nous rend supérieur. Le crayon plus fort qu'un couteau de cuisine. 

Naïveté, édito bisounours ? Non, car poursuivons le raisonnement. 32 attentats déjoués en 3 ans. Peut mieux faire sans doute... Comment ? En fichant tout le monde ? ça s'appelle la Chine... Au moins là-bas, le virus ne circule plus. Est-ce le modèle de société que nous voulons ? Et si l'on continue sur ce terrain, à Nice non plus, pourtant vitrine de la vidéosurveillance, le risque zéro n'existait pas.  

C'est un nouveau test de sang-froid pour toute la classe politique, jamais vaccinée, depuis 2012 et Mohammed Merah, contre le virus de la division. Pour Emmanuel Macron, aussi : gérer le temps long de sa loi contre les séparatismes (elle n'arrivera qu'en janvier devant les députés) et le temps court des surenchères quotidiennes. Son mantra n'est plus libérer, mais "protéger" : les écoles, exception au confinement, feront, lundi, l'objet d'une vigilance toute particulière.

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