Le meeting de Ségolène Royal au Zénith de Paris, samedi, est très commenté. Le nouveau style de Ségolène Royal est, il faut le reconnaître, assez saisissant. Alors c’est très subjectif - on aime ou on n’aime pas - mais vous remarquerez que l’on retient plus sa nouvelle tunique, ses boucles sauvages et le fait qu’elle ait maintenant deux bras qui bougent, que le contenu du propos. Evidemment, c’est de la communication, c’est même de la grosse communication parce qu’une communication politique est réussie quand elle ne se voit pas. Là, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer ses amis, la metteur en scène Ariane Mnouchkine et le producteur Dominique Besnehard lui dire « bouge Ségolène, laisse vivre ton corps ». Et puis, il y a l’aspect purement technique de la communication : le micro HF, une habitude aux Etats-Unis. En France, c’est Jean-Marie Le Pen qui, le premier, l’a utilisé à la convention du Front National à Nice en 1988. Il avait repéré ce procédé lors d’un voyage aux Etats-Unis en regardant une chaine privée du Télévangéliste Billy Graham. Il admire le pasteur qui harangue ses fidèles, libre de tout câble grâce à la HF, ce qui à cette époque était une vraie novation. Jean-Marie Le Pen se dit sur le champ, « je veux ça » et cette technique lui a permis d’être le meilleur tribun de la classe politique jusqu’à aujourd’hui. Ségolène Royal utilisait aussi samedi des prompteurs transparents qui lui permettaient de lire le texte, de n’importe où sur la scène. Cette autre technique, maintenant très répandue, vient aussi des Etats-Unis et a été utilisée pour la première fois en France par Jacques Chirac au début des années 90’. Alors outre le changement de style -disons assez abrupt- qu’a opéré Ségolène Royal pour faire sortir la madone qui la plombait et révéler la show-girl-hyper-cool qui sommeillait en elle, finalement, il ne s’agit que de techniques assez courantes. Même si la ficelle est grosse comme une corde à nœud soyons bienveillant. Peut-être qu’à l’usage, il apparaîtra que ces procédés lui permettront de mieux faire passer son message. C’est là l’essentiel. Mais une autre nouveauté pose plus de problèmes. Ségolène Royal a utilisé samedi exactement le même procédé que Nicolas Sarkozy pendant sa campagne : Toutes les images des retransmissions en direct sur les chaines d’information continues étaient filmées, réalisées et distribuées aux chaînes par l’organisation du meeting. Certains endroits de la salle n’étaient pas accessibles aux photographes ou aux reporters télé. Evidemment, la qualité des images réalisées par la production du meeting était parfaite et aucune chaine n’aurait eu les moyens de proposer une telle prestation. Toutes ont donc accepté de les reprendre. Les principaux discours de la campagne de Nicolas Sarkozy étaient diffusés selon ce même modèle hyper contrôlé par l’entourage du candidat. Mais que change cette technique au fond ? Quelques exemples : Lors de la diffusion en direct du discours, une réalisation journalistique en direct aurait sans doute montré les quelques moues dubitatives de certains militants socialistes surpris par la nature de la prestation de Ségolène Royal. Une réalisation journalistique aurait montré les prompteurs pour souligner que ce qui est présenté comme de l’improvisation n’en est pas. Lors du fameux discours de Nicolas Sarkozy le 14 janvier 2007, pendant la campagne, une réalisation journalistique aurait pu montrer –avec un plan large de la salle sans effet de grand angle- qu’il n’y avait pas 80.000 personnes comme on nous le disait mais 20.000, comme on l’a su après. Quand Nicolas Sarkozy a abondamment cité Jaurès et Blum, une réalisation un tant soit peu journalistique aurait fait un plan sur les visages des responsables UMP les plus libéraux circonspects. Il s’agit de toute une somme de petits actes, d’images choisies qui font qu’une réalisation journalistique, c’est de l’information, une réalisation fournie par le candidat, c’est de la propagande !

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