Ce week-end à Rambouillet, les Verts ont raté de seulement 5 voix la législative partielle… Ils apparaissent maintenant comme une vraie force de deuxième tour… Oui, c’est d’abord une mauvaise nouvelle pour l’UMP qui a bien failli se faire prendre un bastion censé être en béton armé mais ce résultat est aussi une manifestation de la recomposition de la gauche inquiétante pour le PS. Les Verts étaient, ces dernières années, les porte-paroles d’une spécificité, les lobbyistes de solutions visant à résoudre l’un des principaux problèmes de la planète. Ils n’avaient pas (dans l’esprit du reste de la gauche) vocation à incarner une vision globale. La situation change parce que leur diagnostic sur l’état du monde est désormais largement accepté. Chacun comprend maintenant qu’il faut changer, non seulement notre façon de produire mais l’organisation de notre société. Et ceux qui affirment ça, ce ne sont plus seulement les écologistes mais tout les monde… même si ce ne sont bien souvent que des discours, c’est celui de Nicolas Sarkozy à l’ONU, c’est celui, quasi général des scientifiques, c’est le celui de Martine Aubry qui veut une société « post matérialiste », et c’est aussi le nouveau discours de l’Amérique. Donc, les socialistes peuvent s’inquiéter pour leur leadership à gauche ! A court terme, oui, parce que les Verts arrivent aussi à incarner une certaine modernité dans la gouvernance. Le non cumul que propose Martine Aubry dans son projet de rénovation est la règle chez les Verts (même si, c’est vrai, certains prêchent mais ne pratiquent pas : Dominique Voynet et Noël Mamère par exemple) mais bon, c’est quand même leur règle depuis longtemps, tout comme la parité homme-femme, qui est, elle, strictement respectée. La capacité des écologistes à rassembler toute la gauche, et au-delà, (comme on vient de le voir à Rambouillet) casse cette idée diffusée par les leaders socialistes selon laquelle les verts ont une vocation de satellite du PS. Quand votre fils de 15 ans fait maintenant 1 mètre 90, même s’il a toujours une tête de gamin, il faut arrêter de l’appeler « mon petit » et commencer à écouter ce qu’il dit! Le PS a donc un travail idéologique à effectuer. Une grande partie du vote populaire de gauche a traditionnellement comme tropisme la croissance, la consommation, l’industrie, seuls outils jugés utiles pour réduire les inégalités. Mais ça évolue très vite, par exemple en Seine-Saint-Denis, département populaire et ouvrier, bastion d’une gauche traditionnelle, les Verts ont réalisés de très bons scores aux dernières élections européennes (et pas seulement chez les bobos). La gauche de la gauche et notamment le parti de Jean-Luc Mélenchon s’efforce de prendre, dans son discours, la dimension écologiste nécessaire. Mais c’est parfois scabreux d’articuler les revendications sociales forcement issues d’une pensée productiviste à une pensée qui vante une certaine forme de décroissance. C’est en réalité un très vieux débat à gauche. Il est apparu au début du XIXème entre le luddisme né en Angleterre (un mouvement qui prônait la destruction des outils d’une industrialisation sauvage) et le mouvement socialiste qui s’appuyait sur l’armée des ouvriers postés sur ces nouvelles machines. Beaucoup plus tard, après la guerre, les débats entre la gauche ouvriériste-travailliste et une gauche alternative, autogestionnaire, plus utopiste, ont tourné en faveur des premiers. Mais les descendants des utopistes ne proposent plus de rêve, ils disent tout simplement vouloir nous éviter le cauchemar de la destruction de la planète. Leurs arguments sont tous les jours validés par les autres forces politiques qui semblent se résigner à l’idée que toute rénovation idéologique passe par l’écologie. Avant 1981 François Mitterrand disait que la « gauche était sociologiquement majoritaire mais encore politiquement minoritaire ». Les écologistes pourraient sans doute reprendre cette formule à leur compte aujourd’hui.

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