Une nouvelle situation politique rebat les cartes à gauche.

Il y a une situation en trompe-l’œil qui laisse penser que l’éventuelle prochaine majorité post 2012 serait une sorte de coalition arc-en-ciel, composée de socialistes, d’écologistes et de membres du Front de Gauche. C’est ce que suggère ce mot d’ordre : « rassembler la gauche » que l’on entend beaucoup chez les candidats à la primaire. En même temps, l’attitude de Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche, très critique envers les options économiques et financières du PS, est souvent décrite comme un positionnement de campagne, opportuniste. « Il reviendra dans le giron socialiste après la victoire » entend-t-on beaucoup au PS. Il n’en est rien. Et il ne pourrait rien en être sauf à trahir tout le discours actuel du PC et du Parti de Gauche de Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. Bien que venant du PS, Jean-Luc Mélenchon est aujourd’hui, idéologiquement, sur les questions économiques, beaucoup plus éloigné de Martine Aubry, Ségolène Royal ou François Hollande que ne l’était, en 1981 Georges Marchais de François Mitterrand. Le PS et le PC des années 70/80 étaient très différents, bien sûr, mais c’était une différence de degrés. Elle portait sur la part de l’appareil productif et des services à nationaliser, elle portait sur la dimension de la sphère publique et sur le niveau de redistribution des richesses à mettre en œuvre. Pour gouverner ensemble, il leur suffisait d’évaluer leurs rapports de force et de placer le curseur quelque part entre la position du PC et celle de PS, généralement plus près de celle du PS.

Le PS d’aujourd’hui et le Front de Gauche ne pourraient pas faire de même ?

Non, c’est fini parce que leur différence n’est plus de degrés mais de nature. Le positionnement du PS, résolument attaché aux critères de Maastricht, revendiqués et assumés, est incompatible avec le refus de Jean-Luc Mélenchon de se soumettre aux 3% de déficit en 2013, ce qu’il considère comme un carcan dont on ne peut se dégager qu’en changeant radicalement de logique. Il ne s’agit pas là, de juger de la pertinence des positions de Mélenchon ou de Hollande, simplement de constater leur totale incompatibilité. Il n’y a pas, entre ces deux positions, de juste milieu. C’est l’un ou l’autre. Le PS ne le dit pas officiellement parce qu’il aura besoin de toute les voix de la gauche dans sept mois, mais il agit déjà en conséquence. Petit à petit, il taille des croupières électorales au Front de Gauche là où il offre des circonscriptions en or aux écologistes. Au Sénat, il y aura désormais dix écologistes par la grâce du PS alors qu’en Seine-Saint-Denis, c’est un socialiste qui fait perdre un siège au PC. D’ailleurs Jean-Luc Mélenchon n’est pas dupe et parie sur l’échec du PS au pouvoir puisqu’il n’envisage pas de sortir de la logique libérale qu’il prétend simplement réguler. Tout ça est cohérent. Ce qui l’est moins, c’est quand une vision « mélenchonienne » s’installe au sein du PS et prétend pourtant rejoindre à la fin l’équipe du vainqueur de la primaire. Arnaud Montebourg est dans ce cas là. Depuis son entrée en campagne, il développe des arguments antinomiques avec le programme socialiste. Il en tirera certainement profit dans les urnes des primaires le 9 octobre mais la logique et la clarté politique voudraient que, s’il ne sort pas victorieux de la compétition, il rejoigne le Front de Gauche. Ce n’est visiblement pas son intention… Mais, ça tombe bien il sera notre invité à 8H20, alors on pourra peut être éclaircir ce point...

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