Oui et il en a parfaitement le droit puisque la loi sur le non cumul n’est applicable qu’à partir de 2017. Marine Le Pen dit, « je ne vois pas pourquoi j’appliquerais une loi qui n’est pas encore en vigueur et que les autres n’appliquent pas ». Ce n’est pas tout à fait exacte : les parlementaires de gauche (avec quelques petits ratés, c’est vrai) ont décidé de s’appliquer, non pas la loi -puisqu’elle n’est pas entrée en vigueur- mais le principe, puisqu’ils le défendent. Après tout si aucune loi ne dit qu’il est interdit de fumer dans la chambre d’un bébé, je peux quand même m’abstenir de fumer dans la chambre d’un bébé tout simplement parce que je trouve que c’est une bonne idée. Le non cumul n’est pas qu’une règle du jeu neutre. C’est une conception de la politique, la promesse que l’on travaillera à plein temps pour un mandat fait pour un temps plein. D’ailleurs les deux députés FN ont voté pour cette disposition : Gilbert Collard dénonçait même le cumul comme étant une pratique « dangereuse » pour la démocratie. L’argument de Marine Le Pen, tient juridiquement, il ne tient pas politiquement. N’évoquons pas l’aspect moral, ça nous emmènerait trop loin. L’argument anti cumul du FN était fois répété pour fustiger ces politiciens professionnels qui squattent les postes et exercent leur mandat à moitié. Il nourrissait le discours autour de ce que Marine le Pen appelle l’UMPS. « Je cumul même si je suis contre, simplement parce que d’autres cumulent ».Cette justification est une justification de dopé. « Je me dope pour pouvoir rivaliser avec les autres ». L’UMP, pro-cumul, n’applique pas la règle avant 2017, ce qui est logique puisque ce parti a voté contre.

C’est vrai que le FN est en concurrence avec des partis qui, eux, ont des armées d’élus !

Justement ! Ça devrait le conduire à ne pas cumuler. Un maire qui se fait élire député ou sénateur devrait garder son mandat législatif et laisser sa place de maire, tout en restant conseiller municipal de base. Le FN ne perdrait aucun siège, un autre frontiste du conseil municipal deviendrait maire… Une autre personnalité émergerait. Mais l’extrême droite a un vrai problème de cadre. Le FN, en réalité, masque son incapacité à produire assez de personnalités crédibles, capables d’avoir des responsabilités, par un discours politicien. De plus, la façon dont, par exemple, Stéphane Ravier, l’un des deux nouveaux sénateurs FN, a fait campagne aux prés des élus non-inscrits ou divers droite de sa région, en leur promettant de lutter contre le projet Métropole Aix-Marseille, c'est-à-dire en militant, en douce, pour le statuquo et les petits intérêts locaux, souligne la nocivité de ce mode de scrutin sénatorial obscurs, incompréhensible, qui laisse place à tous les arrangements de l’ombre et aux échanges de bons procédés politicards. Le FN valide aujourd’hui une vérité politique : il n’y a rien de plus soluble dans le système que le discours antisystème.

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