Ça bouge au centre gauche. Hier vous tentiez de définir le « social-réformisme » de Manuel Valls. Aujourd’hui c’est au tour d’Emmanuel Macron. Pour lui, le libéralisme est de gauche.

C'est effectivement une affirmation qui repose sur l’histoire du libéralisme. Le libéralisme, d’abord philosophie politique née du refus de l’absolutisme, est effectivement l’une des sources de la gauche. Vouloir que l’homme soit libre, que l’individu ne soit pas enserré dans trop de contraintes pour s’épanouir… C’est un peu ce que nous expliquait hier Philippe Aghion, à ce micro, l’homme qui a inspiré Macron. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que lever les barrières pour ouvrir le champ des opportunités, c’est un peu court pour définir une gauche moderne. Surtout que la droite libérale ne dit pas autre chose (confère N.Sarkozy ce matin dans Les Echos). En ce moment, on découvre E.Macron par petites touches. A 36 ans à Bercy, comme Giscard…Macron a tous les attributs de l’homme neuf, de la divine surprise. Mais ce qu’il nous laisse voir de sa pensée politique est encore un peu léger. Quel type de société veut-il promouvoir ? Personne ne le sait et pourtant, on en fait déjà un potentiel homme providentiel. Notre culture politique personnaliste s’intéresse décidément plus au casting qu’aux idées.

Ce qui impressionne aussi, c’est que sa popularité est montée en flèche ces dernières semaines.

Oui…et pas simplement à droite. Macron est aussi populaire à gauche malgré ses transgressions. Il l’est parce qu’il assume crânement une politique à laquelle il a l’air de croire et qu’il tente de mener. Par contraste avec la rondeur tactique de F.Hollande, il parait franc. Et la franchise est populaire, surtout quand elle s’exprime en dehors des partis décriés, dépassés ; c’est, techniquement, une forme de populisme, puisqu’il s’agit de s’adresser au peuple en dehors des canons des corps intermédiaires de la politique. Mais attention parce que la démocratie, c’est la représentation, la délégation. Quand on a du pouvoir, une audience, on doit se demander sur quoi repose la tribune d’où l’on parle ? Qui représente-t-on ? Or, il y a (au-delà de la pertinence ou non de ses idées, au-delà de l’AOC gauche-véritable, méritée ou pas), il y a chez E.Macron une contradiction qu’il va devoir résoudre s’il veut un jour apparaitre comme une solution politique. Il prétend qu’être élu n’est plus une situation enviable pour être efficace et libre. Mais en même temps, il glorifie la verticalité du pouvoir. Le fait que les détenteurs des manettes de l’Etat doivent prendre leurs responsabilités et agir, de haut en bas, pour plus d’efficacité et pour que cesse cette impression désastreuse d’impuissance publique. Etre à la fois favorable à plus de verticalité (ce qui peut se défendre) et rétif (pour soi-même) à l'élection, c’est-à-dire à ce qui vous met au somment pour exécrer le pouvoir : voilà qui constitue une impasse démocratique. Il semble que la pensée économique d’E.Macron soit bien aboutie. Il lui reste maintenant à élaborer une pensée politique parce qu’être populaire et être élu, ce n’est pas la même chose…la différence s’appelle : la légitimité.

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