Chez Alain Juppé, on compte sur les électeurs de gauche… chez Nicolas Sarkozy on commence à s’en inquiéter. La gauche peut-elle perturber la primaire de la droite ?

Une toute petite partie de cet électorat mais qui à l’échelle d’une primaire peut avoir un poids déterminant. puisque sur un corps électoral total de plus de 40 millions, la primaire de la droite et du centre pourrait réunir, 2, 3, voire 4 millions d’électeurs. Alors quand même, me direz-vous, il faut signer une sorte de charte pour voter… Est-ce que ça ne va pas rebuter les électeurs de gauche ? Hé bien si, la quasi-totalité des électeurs de gauche n’a aucune envie de se déplacer, et même de se montrer dans les bureaux de vote de la primaire de la droite mais, encore une fois, il suffit que quelques dizaines de milliers d’entre eux y aillent pour faire bouger les lignes de façon décisive en cas de coude à coude, par exemple, entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé le dernier dimanche du mois de novembre. Et puis ce texte, cette charte, que chaque votant devra signer devant l’urne, a été rédigé sous l’influence de Juppéistes qui ont été, au sein du comité d’organisation de la primaire, les plus malins. Il y est dit ceci : « je partage les valeurs républicaine de la droite et du centre ». Il n’y est pas dit je partage « les valeurs de la droite et du centre »… les valeurs REPUBLICAINES, qui, par définition,

sont les mêmes entre la droite etla gauche, constituent le socle commun d’à peu près tous les acteurs de la démocratie française. Un électeur de gauche peut la signer, certes, en serrant un peu les dents. Et puis du choix du candidat de la droite dépendra la puissance de feu contre Marine le Pen.

Alain Juppé dose son discours en conséquence…

Oui c’est un équilibre subtil à trouver : rester ferme et à droite pour ne pas s’aliéner non plus le cœur électoral de LR, tout en jouant du contraste

avec un Nicolas Sarkozy survolté, sur certains sujets clefs. Alain Juppé peut apparaître comme le républicain (non pas au sens LR) le plus rassembleur. Le discours ouvert du maire de Bordeaux sur l’accueil des migrants de Calais dans les régions, son ton pondéré, un peu raide, passablement rasoir mais calme, le fait apparaître, pour beaucoup, à gauche, comme un représentant acceptable de la droite… qui, en plus a promis de ne pas se représenter en 2022. Un certain nombre d’électeurs de gauche sont désormais décidés à participer à la primaire de la droite afin de se choisir l’arôme le plus masquant pour la potion qu’ils devront avaler si le second tour de la présidentielle devait opposer la droite et l’extrême droite. J’ai entendu, cette semaine, un électeur habituel de gauche dire « je suis prêt à prendre le métro pour voter à la primaire… mais pas plus de trois stations ». Un autre lui a répondu : « écoute encore une semaine de discours de Sarkozy et tu traverseras Paris en Vélib pour voter pour Alain Juppé»… (Oui, c’était des bobos) En droitisant à outrance son discours ces dernières semaines, pour consolider le noyau dur de son électorat chauffé à blanc, l’ancien président a surtout réactivé les anticorps de la gauche qui pourraient donc se manifester jusqu’au sein de la primaire de novembre..

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