Jean-Luc Mélenchon emprunte le mot ‘créolisation’ à l’écrivain Edouard Glissant pour alimenter le débat sur la république… Ce mot, créolisation, le leader de la France Insoumise l’a prononcé dans son discours sur la République, le 21 septembre. Il le précise dans une tribune à l’Obs.

Le patron de LFI tente, je cite, ‘de proposer le chaînon manquant entre l’universalisme et la réalité vécue qui le dément.’ Et c’est vrai qu’invoquer l’universalisme, comme le font tous les républicains inquiets de l’influence grandissante des discours différentialistes, intersectionnels, indigénistes, qui prônent, en réalité, une morcellisation de la société (un séparatisme, dirait Emmanuel Macron), invoquer l’universalisme, donc, n’a pas beaucoup de force alors que la République, elle-même, a laissé, en son sein, se développer des ghettos ethniques, sociaux et n’a pas su endiguer des discriminations de tous ordres. Jean-Luc Mélenchon fait ce constat.

Il en fait un autre : la population française d’aujourd’hui n’est pas la même que celle de 1958… Toutes sortes d’appartenances, d’identités, sont revendiquées qu’il serait illusoire de vouloir faire disparaitre avec le mot magique de ‘république’. Dès lors, comment établir le lien, le chainon manquant entre ces deux exigences : universalisme issu des Lumières, de la Révolution Française, et droit à la différence. Ce dilemme est aussi celui sur lequel l’aura de SOS racisme s’est éteinte dans les années 90. 

En quoi la ‘créolisation’ résoudrait la question ? 

Voyons la définition d’Edouard Glissant pour le comprendre (tenter de le comprendre au moins) : ‘La créolisation –dit-il, c’est un métissage d’arts ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler’. Alors c’est beau mais en pratique, en termes politiques, ça devient plus obscur. 

Un métissage qui ne serait ni une dilution ni une archipellisation, une égalité qui ne serait pas une uniformisation… Comment faire ? Cette définition a  l’avantage de réunir là où d’ordinaire Jean-Luc Mélenchon propose des concepts clivants. On voit bien aussi quelle est la nécessité tactique pour le chef d’une formation politique qui compte en son sein des républicains classiques et des adeptes de la nouvelle pensée antiraciste indigéniste : comment tenir les deux bouts ? 

Mais la préoccupation partisane n’est pas indigne puisque la question se pose aussi pour toute la société. Autre angle mort politique dans la définition de Glissant : celui des droits humains et du progrès. L’islamisme, l’infériorisation de la femme, parfois l’antisémitisme, l’homophobie, ne peuvent pas être considérés par un universaliste comme des différences que la république pourrait ingérer. La créolisation de Glissant parle plus de l’art de vivre ensemble que des règles pour vivre ensemble et, au fond, ne résout pas le dilemme politique qui préoccupe  JL Mélenchon. La créolisation aura du mal à passer du stade d’un beau texte d’écrivain à celui d’un discours politique praticable. Au moins, en posant ce débat, Mélenchon fait-il réfléchir… On l’avait oublié, mais ce devrait être aussi ça, la politique. 

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