Ce matin, nous nous penchons sur un sujet qui suscite beaucoup d’irritation au PS : les sondages sur les primaires.

Ils sont très critiqués, généralement par les partisans des candidats qui n’ont pas de bons résultats. Ségolène Royal suggère même qu’ils mentent ou alors ils sont pris de haut avec une fausse indifférence par François Hollande, en particulier qui semble, dès qu’on lui en parle, contenir une explosion de joie dans un sourire grave et ultra-maitrisé. Comment voulez vous croire à ces sondages alors que 50% des électeurs ne savent pas encore ce qu’ils vont voter, disent les sceptiques ; oubliant que c’est justement un sondage qui leur a appris que 50% des sondés sont encore indécis. Nous sommes comme des patients qui pesteraient contre le thermomètre mais qui ne pourraient pas s’empêcher de prendre leur température dix fois par jour. Prenons les critiques une par une. La première consiste à dire que l’on ne connaît pas le corps électoral et qu’on ne sait pas quelle sera la mobilisation. Le corps électoral c’est tous les Français de gauche et la mobilisation, elle se mesure. La dernière enquête IPSOS montre que 9% des 4000 électeurs sondés sont certains d’aller voter aux primaires. Ce qui, rapporté à la France, donnerait quelques 3,5 million de votants. Le problème, c’est vrai, c’est que, traditionnellement, il y a toujours plus de gens qui déclarent aux sondeurs qu’ils sont certains d’aller voter que de participants réels le jour du scrutin. D’habitude les sondeurs corrigent avec des coefficients calculés sur la base des déclarations passées comparées aux résultats des scrutins. Là, il n’y a pas de scrutin de référence puisque c’est le premier du genre. Les sondeurs ne savent donc pas de combien ils doivent « déflater » (c’est le terme qu’ils utilisent). Autre critique : les sondeurs se sont tous trompés sur le duel Joly-Hulot ! Sauf qu’il n’y a pas eu de sondages sur cette primaire puisque c’était une primaire de militants et de préinscrits avec 25.000 votants. Les enquêtes d’opinion réalisées n’étaient que des souhaits de victoire de l’ensemble des Français. Cela n’a rien à voir.

Donc si on vous suit, François Hollande a déjà gagné.

Il est en tête mais tout peut changer très rapidement et à grande échelle, puisqu’il s’agit d’une élection à l’intérieur d’un camp. Les sympathisants de gauche qui disent choisir Hollande n’ont, en majorité, pas d’animosité envers les autres candidats et peuvent donc les rallier rapidement et sur un coup de tête, une impression, une émission de télévision, sans se dédire (les trois débats télévisées auront donc leur importance). Le coup d’éclat de Martine Aubry à Marseille lundi, le travail acharné de terrain de Ségolène Royal, tout peut avoir un effet inattendu. Cela ne remet pas en cause les sondages qui ne sont pas des projections, mais, rappelons-le, des photos d’un moment précis. Le haro généralisé sur la qualité des enquêtes et leur méthodologie est donc très largement injuste. En revanche, il y a une observation d’ordre politique qui semble plus pertinente. La primaire n’est pas un premier-premier tour de la présidentielle. Il y a, dans la motivation pour voter à la primaire, une part importante de stratégie. On vote pour désigner non pas forcément celui qui est le plus proche de ses idées mais celui qui a le plus de chance de gagner en 2012. Ce sont donc les sondages pour 2012 (qui en réalité parlent de l’état des forces d’aujourd’hui et pas de mai prochain) qui risquent d’influencer les électeurs des primaires et d’avoir un impact sur dimensionner sur le choix du candidat socialiste.

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