Avant les vacances, il opposait les frondeurs au gouvernement (opposition qui reviendra sans doute avec la réouverture des travaux parlementaires). Mais en cette rentrée, il oppose Emmanuel Macron au PS. C’est plus confortable pour Manuel Valls qui peut ainsi (on l’a vu hier à La Rochelle) apparaître comme fédérateur, prenant la juste mesure entre son parti et son ministre de l’Economie. Mais c’est la nature du débat qui ne parait pas être à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre d’un parti, censé être celui de la transformation sociale. Macron veut libérer les contraintes qui pèsent sur l’emploi, il explique que la valeur travail est une valeur de gauche et que la réduction du temps de travail, ces dernières années, fut une erreur historique. Et le PS se veut protecteur des progrès sociaux et des droits acquis par les salariés… Tous invoquent la croissance comme moteur du redémarrage. Ce débat ne tend, en fait, qu’à déterminer les meilleurs moyens d’atteindre ce qui tient lieu de cap politique, de grand dessein de ce quinquennat : l’inversion de la courbe du chômage d’ici 2017. Cette ambition n’est pas à dénigrer, après plusieurs décennies de chômage de masse… Mais le débat paraît tout petit, très daté, dérisoire même, au regard des bouleversements de l’économie mondiale qui sont devant nous.Pourtant dans « université d’été », il y a « université »... on pourrait imaginer que les socialistes réfléchissent à toutes ces questions. Mais ils y réfléchissent, comme tous les partis, du Front de Gauche, qui parle d’éco-socialisme, à RL (NKM évoque par exemple la fin du salariat). Et les think-tanks, les groupes de réflexion, socialistes savent que la contrainte écologique va tout bouleverser. Que l’économie 4.0, hyper connectée, ne créera pas assez d’emploi pour remplacer tous ceux qu’elle va détruire par l’uberisation des services. Cette économie nous oblige à repenser la fameuse « valeur travail » que droite et gauche se disputent. Pourtant, le PS se déchire encore sur l’épaisseur du code du travail. Ce débat paraît dérisoire alors que le PS devrait être le parti qui construit le progressisme adapté à cette économie naissante, le nouveau compromis social dans un monde mondialisé, numérisé, dans lequel l’usage remplace la propriété. Pourtant les partis, les intellectuels, les économistes, réfléchissent, publient en masse sur ces sujets…il en était d’ailleurs question dans plusieurs ateliers de l’université d’été du PS. Mais ce qui est frappant, c’est que les partis n’arrivent pas à traduire ces débats souterrains en vaste débats publics, en horizon politique. Comme si, épuisé par tant d’années de crise, soumis au rythme effréné du tout-infos, il était impossible au débat politique de s’emparer de ces questions trop complexes et anxiogènes. Il suffisait d’ailleurs d’écouter Daniel Cohen évoquer tous ces sujets, vendredi à ce micro, pour que, par contraste, nous saute aux yeux la désolante platitude du débat politique et économique qui surnage dans l’actualité !

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