Après sa démission de Bercy, Emmanuel Macron a-t-il une chance de se frayer un chemin jusqu'à la présidence de la République en 2017 ?

E.Macron a-t-il une chance de réussir son pari et de devenir président de la République dans 8 mois.

Au premier abord, il n’y a pas de place pour lui. Pas d’espace dans lequel cette offre libérale, qui bouscule les clivages anciens et leurs appareils, puisse s’épanouir, comme on aurait pu le croire avant l’été. L’actualité terrible du 14 juillet niçois a tiré le tapis sous les pieds d’Emmanuel Macron. Pour l’instant la préoccupation dominante ne parait pas économique et sociale. Et quand elle l’est, il n’est pas certain qu’elle soit pour plus de dérégulation, ni pour une forme, même avenante et étiquetée « progressiste », du libéralisme. Plus profondément, en France le libéralisme est coupé en deux. Ceux qui sont libéraux économiquement ne le sont pas « sociétalement », et ceux qui sont libéraux sur les questions de société ne le sont pas sur les sujets économiques. Il faut remonter à la Révolution, pour trouver quelques clubs qui allient vraiment les deux pans du libéralisme.

Vous dites, l’Elysée parait « au premier abord » inatteignable… et au deuxième abord alors ?

Eh bien pour que Macron entre à l’Elysée et Paris en bouteille, il faudrait déjà que Hollande renonce et que Sarkozy soit le vainqueur de la primaire. Pour l’instant ces deux conditions ne sont pas les plus probables. Mais au-delà, il faudrait que la volonté de renouvellement, non seulement du personnel, mais aussi des schémas politiques, des clivages auxquels nous sommes habituées, soient tels qu’une partie assez significative des Français puissent oublier cette mauvaise manière, faite par le ministre de l’Economie. Mauvaise manière qui consiste à quitter son poste, non pas sur un désaccord de fond très identifiée (Macron est quand même l’inspirateur de la politique économique menée) mais sur une impatience, une exaspération face aux réels blocages que le gouvernement (y compris Macron) n’a pas su surmonter. Il faudra qu’il convainque de sa capacité à surmonter ces blocages. Sinon, son aventure apparaitra très vite comme simplement égoïste. En d’autres termes une trahison ne peut être tolérée que si elle est vraiment utile, bien au-delà des intérêts de celui qui trahit. Le ras le bol, le sentiment d’impuissance des politiques, l’envie de renverser la table, sont des pulsions très fortes aujourd’hui. Le Pen, Montebourg, Mélenchon, d’une certaine façon Sarkozy, font déjà campagne (chacun à leur façons et avec leurs thèmes) sur cette idée du grand chambardement. Eux dénoncent ce qu’ils appellent le système. Macron s’attaque plutôt au schéma droite/gauche, vécu comme un carcan. Il veut le remplacer par conservateur vs progressiste. Mais pour l’instant, ça le place dans la situation d’un capitaine d’une équipe de foot qui voudrait convaincre tout le monde qu’il faut jouer sur un terrain de rugby. Il faudra aussi que Macron, qui a une belle tête de renouvellement, mais pas encore le profil régalien, ait un discours crédible sur l’autorité et la sécurité. Alors, si toutes ces conditions sont réunies… ce sera possible. Et puis, le Brexit, Trump, Sanders, Podemos, Trudot au Canada, les élections en Autriche ont montré qu’après le bout du rouleau (et la politique française est au bout du rouleau), il y avait toujours des surprises. Mais s’il fallait parier sa chemise sur Macron… ce matin je garde encore la mienne.

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