Enquête impressionnante, menée auprès de plus de 20 000 enseignants par l’institut Choose My Compagny, pour le compte d’un collectif de profs et de parlementaires En Marche, mais très critiques, vous allez voir, envers le ministère (qui n’a pas été prévenu).

Enquête sur l'état d'esprit des enseignants
Enquête sur l'état d'esprit des enseignants © Getty / Maskot

Il s'agit de l'enquête ChooseMyCompany HappyIndex AtWork 2020. Un questionnaire #MoiEnseignant(e) élaboré par le collectif Regards d'enseignants, constitué de députés LREM, dont certains sont issus de l'Éducation nationale, d'enseignants, de directeurs d'école et de retraités de l'Éducation nationale a été ouvert et c'est aujourd'hui, lundi de rentrée que nous avions les résultats. Au total, 22 225 enseignants du public et du privé, en primaire, collège et lycée, de toute la France, ont répondu à cette enquête menée en ligne par le site ChooseMyCompany entre le 23 juin et le 15 août.

Les résultats sont assez dramatiques

Quelques chiffres : 72% des enseignants considèrent que leur hiérarchie ne leur fait pas confiance et d’ailleurs 86% d’entre eux n’ont pas confiance dans le système. Ce niveau de défiance croisée n’existe dans aucune autre institution, publique ou privée. Ces deux chiffres sont les mêmes selon le territoire, l’âge ou le sexe des profs interrogés. Quand la défiance est à ce point uniforme, cela veut dire que l’institution est vue comme une machine, inhumaine. Seuls 7% des enseignants estiment que leur formation est satisfaisante. Là encore, public ou privé : aucune profession ne connait de tels taux. On savait qu’il y avait un malaise dans l’éducation nationale mais toutes les enquêtes officielles sont biaisées, prises dans la mâchoire des logiques politiques du ministre et des syndicats.

Jean-Michel Blanquer doit bien être conscient de cette crise puisqu’il a annoncé un Grenelle des professeurs 

Ce Grenelle parait indispensable, parce que la parole du ministre, depuis sa nomination, semble toujours minimiser le mal-être des professeurs, ou tout du moins l’attribuer à une mauvaise volonté de certains. Il y a, bien sûr, les revendications salariales qui reviennent, fort justement, mais surtout les profs ont le sentiment que l’institution ne prend pas assez en compte l’idée selon laquelle le métier doit changer à partir du moment où l’éducation nationale (du fait du développement de la société de l’information et des réseaux sociaux) n’est plus le seul (ni même le principal) canal d’acquisition des savoirs pour les élèves. 

L’enquête montre qu’une large majorité des enseignants estime que l’institution n’innove pas et même, les empêche d’innover. On apprend, depuis toujours, aux professeurs à être des transmetteurs. Il faudrait, aujourd’hui, devant l’explosion des sources du savoir, leur apprendre à être des médiateurs. Ils devraient savoir comment apprendre à leurs élèves, que faire des infos qui les submergent et comment les décoder. 

Le management de la carrière des profs est aussi jugé très sévèrement

Il n’existe aucun bilan de compétence. Les commanditaires de l’enquête estiment d’ailleurs qu’il ne suffit pas de faire des expérimentations de pédagogie, il faudrait aussi précéder à des expérimentations de management pour que les enseignants ne se sentent pas broyés, anonymisés par la machine. Mais les résultats de cette enquête (sans appel pour l’institution) sont pondérés par un seul chiffre qui rassurent quand même, à la veille de mettre nos enfants à l’école : 72% des enseignants prennent du plaisir à faire leur travail.

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