« Mes chers compatriotes ». Dans le plus lointain de nos souvenirs, pour ceux qui sont nés après l’avènement de la télévision, il y a eu cet invité surprise, celui qui vient faire tous les ans un détour un peu obligé par la lucarne de notre salon, le soir, au début du réveillon de la Saint Sylvestre. Un petit tour et puis s’en va. « Qu’est-ce qu’il a dit, déjà » ? A chaque fois, nous nous demandons un peu à quoi donc cela peut bien servir… Sachez qu’il s’agit là du rendez-vous du président de la République le plus regardé de l’année, avec plus de 10 millions de téléspectateurs, sur toutes les chaines de télé, à la radio, dont France Inter, et désormais sur Internet. L’exercice fait un carton absolu. Les stratèges de la com de l’Elysée ont donc planché pendant des semaines pour le dépoussiérer. Après la présentation assise derrière le bureau présidentiel en 2007 et la station debout dans la bibliothèque l’an dernier, Nicolas Sarkozy s’exprimera ce soir depuis le perron arrière, mais avec des images incrustées en fond, celles des drapeaux français et européen, dans un format compatible avec les écrans d’ordinateurs et de smart phones – vous pourrez télécharger Eric… à quand des vœux Avatar avec des lunettes en 3D… ça, c’est pour la forme. Et sur le fond ? Nicolas Sarkozy veut parler ce soir dans les 7 minutes imparties du principal sujet de préoccupation des Français, le chômage. « On ne s’en sort pas si mal par rapport aux autres pays », se consolait hier soir un conseiller présidentiel. Il devrait être également question de la sortie de la crise, qui finira bien par arriver un jour. Et les sujets qui fâchent, ceux qui ont terni cette fin d’année ? Comme la taxe carbone, retoquée par le Conseil constitutionnel ? « Nous ne l’oublions pas », explique le conseiller, qui essaie de se consoler : « la taxe se fera fin janvier, les sages ont validé le principe, le reste, ce n’est que de l’écume, qu’est ce qu’un petit mois de réflexion supplémentaire pour des enjeux qui nous mènent à 2040 » ? L’entourage présidentiel en fait se refuse à parler d’échec. Comptant sur la bonne vieille recette éprouvée du sujet qui en chasse un autre, les Français rattrapés par le quotidien finiront bien par oublier. Nicolas Sarkozy refuse de tirer un bilan négatif de 2009, et se galvanise avec ses succès, c’est sa méthode : « une année rude », dit-il, « mais je suis soulagé quand je regarde le nombre de crises que j’ai dû démonter et surmonter ». Quant à 2010, pas de pronostic, « ce ne sera pas facile, la vie n’est pas facile », concède le chef de l’Etat, qui n’a officiellement pas l’intention de participer à la campagne des régionales, même s’il multipliera ses déplacements en province, l’air de ne pas y toucher. « Tout est dur et parfois les difficultés viennent de petites choses que l’on a pas vues », avoue Nicolas Sarkozy, soucieux de tout contrôler en permanence. Les petites choses sont les grains de poussière, le diable dans le détail, celui qui donne corps à des polémiques sans fin, Epad, Hadopi, Taxe carbone, Burqa, identité nationale, la liste est longue. Quand le coup est parti, il faut toujours à la fin se réconcilier avec les Français, en s’adressant à eux, « mes chers compatriotes ».

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