Nicolas Sarkozy prononcera ce soir à 20h ses vœux télévisés aux Français. Un exercice banal en apparence, mais que les présidents successifs ont toujours soigné. Ça ne date pas d’hier : pour les plus anciens, dans les années 60, qui avaient un téléviseur noir et blanc, le Général de Gaulle jaillissait déjà dans la lucarne pour lancer son « Françaises, Français », avec son style si particulier. Il y a eu cette citation, fin 67, savoureuse avec le recul: « L'année 1968, je la salue avec sérénité ». Aujourd’hui, merci Internet, les temps changent, c’est à qui dégainera le premier. Dominique de Villepin, François Bayrou, Jean-Marie et Marine le Pen ont déjà présenté leurs vœux 2011 sur la toile. C’est tous les ans la même chose, le truc un peu ennuyeux, quand vous préparez votre réveillon, ce monsieur – il n’y a toujours pas de dame d’ailleurs – ce monsieur qui s’invite chez vous, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, qui vient vous rappeler qu’il est déjà 20h et que vous n’êtes pas encore prêt. Pour le chef de l’Etat, il ne faut pas raconter n’importe quoi. C’est l’une des émissions les plus regardées de l’année, dix millions de téléspectateurs. Henri Guaino, qui a rédigé la trame de base du texte qui sera lu ce soir, rappelle que « c’est un rite ». Pour le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, « soit vous réussissez l’exercice, et finalement ce n’est pas très important, soit vous le ratez, et là c’est terrible. Il faut savoir dire les choses, et ne pas accabler les gens le soir du réveillon ». Certains ont cherché à varier les plaisirs ? La palme revient aux vœux pour 1976 : Valéry Giscard d'Estaing apparaît au coin du feu avec Anne-Aymone son épouse, qui s’exprime elle aussi. Ils ont l’air un peu coincé, la scène parait étrange, pas si moderne en fait. Ce sera une exception. Le côté répétitif, assommant, de ce rendez-vous télévisé est souligné dans une pièce de théâtre, de Jean-Louis Benoit, écrite en 90, vraiment remarquable, sobrement intitulée Les Vœux du Président. Tous les ans, un homme mystérieux coiffé d’un chapeau apparaît à la fenêtre et récite ses vœux. Ce sont les véritables textes de l’époque de François Mitterrand. Et au fil du temps, vous voyez la famille se déchirer peu à peu, alors que les vœux se répètent inlassablement. (J’espère que ça ne vous arrivera pas, Eric). Il y a un risque d’essoufflement au fil des années ? Si vous promettez tous les ans que tout va s’arranger, vous n’allez pas vous faire que des amis. Nicolas Sarkozy, il y a un an, pour 2010 voulait « faire reculer le chômage et l’exclusion »… Tout faux ! Rien n’a bougé depuis, si ce n’est que nous avons eu le bras de fer des retraites, l’affaire Woerth-Bettencourt, la polémique sur les Roms, et puis la crise est toujours là. C’est vrai que l’exercice peut s’avérer risqué. Que peut dire le chef de l’Etat, ce soir ? Il va défendre son bilan, nous annoncer qu’il y aura encore des réformes en 2011, fiscalité, justice, dépendance, tout ça est connu. Il va surtout nous jouer le couplet de « l’année utile ». Chirac disait exactement la même chose ! L’alchimie est compliquée : il faut faire un peu rêver mais ne rien promettre. Nicolas Sarkozy, qui cherche à corriger son image, voudra ce soir « faire président », et surtout pas « candidat ». Ça, ce se sera pour dans un an. Après une année 2011 de pré campagne présidentielle… En attendant, bon réveillon à tous…

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