Pour la deuxième fois de son quinquennat, François Hollande présentera ce soir ses vœux aux Français. Et l’on peut s’interroger sur l’utilité de ces vœux présidentiels…

A quoi bon ? A quoi servent-ils ? Et quel sens donner à ce passage obligé pour tous les Présidents de la cinquième République depuis que De Gaulle a inauguré l'exercice ? Eh bien, pas à grand chose. Essayez donc de trouver une nouveauté, une idée forte, que vous ayez retenue des vœux présidentiels de ces dernières années…

Une idée, une petite phrase, qui vous aurait marquée ?

Vous êtes comme la majorité des Français, qui, depuis bien longtemps n'imprime pas vraiment cette grand’ messe du 31 décembre. Et pour cause, il ne s'y dit généralement rien ! L'an dernier, les exégètes de la parole présidentielle n'avaient eu qu'une petite phrase à se mettre sous la dent : la promesse de faire baisser le chômage "coûte que coûte". Voilà, cela valait le coup d'infliger aux Français dix minutes de télé en plein apéritif du Réveillon. « Tu te rends compte, chéri, le président va faire baisser le chômage coûte que coûte ! Éteins la télé, sors le champagne, on peut passer a table... »

Plus sérieusement, les différents locataires de l'Elysée ont bien compris que cette figure imposée ne servait à rien, ou presque, et, d'ailleurs, c'est dans la forme qu'il ont tous cherché à imposer leur style : François Mitterrand façon les yeux dans les yeux, persuadé que les Français avaient autre chose à faire ce soir là, Giscard qui inventa les vœux au coin du feu, devant les bûches crépitantes, ou Nicolas Sarkozy qui s'essaya au direct pour les premiers vœux de son quinquennat, avant de revenir à la formule traditionnelle, et un peu moins risquée, des vœux enregistrés.

Non, décidément, la forme de ces vœux : une caméra, un plan fixe et la Marseillaise en ouverture, tout cela sent bon la naphtaline et la poussière et paraît complètement déconnecté de nos modes de communication !

Des vœux qui ne servent donc à rien ou presque, mais si François Hollande en profitait justement pour partager le véritable fond de sa pensée ?

C'est le vœu que l'on peut faire ce matin. Après tout, c'est de saison. Et si François Hollande sortait de sa pose de sphinx indéchiffrable et nous offrait ce soir un vrai discours ? Pas celui des annonces ou de la campagne, on a compris que le Président n'aurait probablement rien de neuf dans sa hotte ce soir, mais un discours politique, un chemin qu'il dessinerait enfin devant les Français.

Prenez deux exemples. La hausse de la TVA tout d'abord. Évidemment, c'est une mauvaise nouvelle pour les consommateurs. Eh bien que le chef de l'État explique pourquoi il l'a faite ! Pour financer le CICE, et donc faire baisser le coût du travail et pour relancer l'emploi ! Les Français sont capables de l'entendre : on vous prend au portefeuille, mais c'est pour la bonne cause, faire baisser le chômage ! Cela s'appelle du socialisme de l'offre. Deuxième enjeu : la fiscalité. Plutôt que de se rallier malgré lui à l'idée de Jean-Marc Ayrault, que François Hollande nous dise où nous allons et commence, pourquoi pas, par annoncer un grand audit sur les finances publiques ! Pourquoi dépensons-nous plus que nos voisins pour l'école par exemple alors que les résultats ne sont pas à la hauteur ? Commençons par faire des économies et ensuite la pilule de la réforme fiscale passera bien plus facilement !

Bref, que François Hollande dise ce qu'il a dans la tête, plutôt que de l'appliquer depuis 19 mois en catimini, par crainte de froisser son aile gauche. Il a commencé à le faire, cette nuit, dans l'avion qui le ramenait d'Arabie Saoudite, en confiant aux journalistes qu'il fallait redonner des marges aux entreprises, assumer que sa politique de l'offre était bien de gauche. Le dire aux journalistes, c’est bien… aux Français, ce serait encore mieux !

Courage, Monsieur le Président !

Rendez-vous donc ce soir 20 heures sur France Inter pour suivre l’intervention du président, suivie des commentaires et des réactions jusqu’à 20h30.

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