L’affaire Matzneff... un signe du temps.

Gabriel Matzneff
Gabriel Matzneff © AFP / Ulf Andersen / Aurimages

Visionner, à la lumière du quasi consensus post-#MeToo, les justifications esthético-pédophiles de Matzneff à la télévision des années 1980 devant un Pivot à peine choqué ou un Ardisson amusé et séduit, donne une idée du chemin parcouru ces dernières décennies. 

L’adage ‘autres temps, autres mœurs’, nous permet de décrire une époque sans pour autant l’excuser. Nombreux étaient les contemporains de Matzneff (la plupart en fait) qui étaient choqués par ses écrits et récits. Il ne s’agissait pas de pudibonderie mais de réactions d’adultes soucieux de l’intégrité des mineurs. On pouvait relater à cette époque, quand on était un homme installé et talentueux, ses relations sexuelles avec des enfants de 14 ans et vanter implicitement l’abus de faiblesse. Pourtant les lois de protection de l’enfance de 1945 étaient claires. Vouloir aujourd’hui contextualiser une certaine forme de pédophilie mondaine, prétendre refuser un anachronisme, puisqu’à l’époque il était admis, au moins pour un écrivain en vue, serait comme excuser l’esclavage et toutes autres pratiques dégradantes que le progrès humain nous a fait abandonner.  

Certains fustigent la permissivité après 1968

La libération sexuelle des années 1960/1970 a poussé certains à confondre émancipation et refus de tout interdit. Mettre les interdits homosexuels et pédophiles sur le même plan était, par exemple,une folie et une immense injustice pour les homosexuels. 

Le slogan ‘il est interdit d’interdire’ fut un retour de balancier parfois aveugle. Voilà qui ne devrait pas conduire pour autant à condamner le grand mouvement de libération des mœurs qui a permis, entre autres, une plus grande acceptation de l’homosexualité, de l’amour hors mariage ou à faciliter le divorce. Remettre en cause une libération en raison de ses dérives serait comme condamner la République à cause de la terreur. Les représentants emblématiques de l’esprit ‘soixante-huitard’, comme le journal Libération, ont d’ailleurs été prompts, il y a 20 ans (comme le montrait Laurent Joffrin hier dans son édito), à reconnaître la cécité de certains. 

Mais on peut aussi estimer que ne pas être choqué, à l’époque, par les propos de Matzneff, avait plus à voir avec la persistance du patriarcat et de la toute-puissance masculine qu’avec une libération des mœurs trop débridée. 

Toujours est-il qu’il y a une évolution constante de l’acceptable et de l’inacceptable pour nos sociétés... et à partir de là on peut se poser une question philosophique vertigineuse et troublante : qu’est-ce qui - toutes proportions gardées bien sûr - dans nos pratiques de 2020 sera jugé inacceptable, immoral dans 30 ans ? Manger des animaux ? Rouler en 4X4 ? Les inégalités hommes/femmes ? Avoir du personnel de maison ? Acheter des produits fabriqués à l’autre bout du monde par des enfants ? Et plus loin... le salariat ? La compétition ? La prison ? L’exercice est hasardeux : une bonne base de discussion toute trouvée pour faire partir en vrille les repas de familles de ces fêtes de fin d’année... 

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