Ce matin vous évoquez une pratique politique qui pourrait revenir en force en 2021 : la triangulation.

 Oui, et c’est un tout petit évènement révélé par Le Monde, la semaine dernière, qui en est le dernier signe. Bruno Roger-Petit, l’un des conseillers d’Emmanuel Macron, a discrètement déjeuné avec Marion Marechal Le Pen… nous y reviendrons… Mais d’abord : Qu’est-ce que la triangulation. C’est une notion assez floue, malgré son nom de forme géométrique nette ! Le mot (son acception politique) a été inventé dans les années 90’par Dick Morris, conseiller de Bill Clinton. Pour pouvoir réformer avec un Sénat républicain, Morris suggère à Clinton (le démocrate) de réunir (comme au sommet d’un triangle) ce qu’il y a de mieux aux angles de la base de ce polygone que seraient respectivement les programmes démocrates et républicains. Plus tard Tony Blair peaufinera le concept. Il s’agira carrément de piller les solutions du camp adverse… Mais de façon démocratique puisque c’est sur un programme économiquement libéral qu’il a fait gagner les travaillistes en 1997. Depuis, le terme désigne ceci : surprendre l’électorat, couper l’herbe sous le pied de ses adversaires en allant idéologiquement chasser sur leur terre. Emmanuel Macron n’a pas fait (en 2017 du moins) de la triangulation puisqu’il s’est fait élire sur une promesse de dépassement de clivages jugés artificiels… ou plutôt de réunion cohérente des deux centres, gauche et droit.   

Où  voyez-vous, alors le retour de la triangulation ? 

 Dans une tentation macronnienne qui se manifeste par petites touches. Emmanuel Macron a été élu contre l’extrême-droite et anticipe de rejouer ce match en 2022. Il s’est longtemps défini comme libéral, social, progressiste. Il a plutôt agi comme un libéral jacobin. Mais son identité politique (nationale et internationale) devait être une proposition alternative au populisme et à l’illiberalisme ambiant. Or, la phrase de Bruno Roger Petit au Monde, pour expliquer son déjeuner avec l’une des représentantes de l’extrême-droite, est déroutante, je cite : ‘Je voulais savoir si elle était en résonance avec l’état de l’opinion – ce qui n’est pas le cas’, il ajoute, surtout : ‘J’ai dû constater que nous étions en désaccord !’ Le conseillé d’Emmanuel Macron cherche donc matière à compagnonnage idéologique –pourquoi pas !- avec la représentante d’une extrême-droite identitariste ? Ou alors, à la façon d’un Roland Dumas ou d’un Michel Charasse (les tordus du mitterrandisme qu’il admire) qui fréquentaient (discrètement) JM. Le Pen pour le compte de François Mitterrand afin de monter des coups médiatiques et électoraux, Roger-Petit joue-t-il au mécano politique avec les boulons de l’adversaire ? Toujours est-il que ces initiatives, tout comme les petits coucous présidentiels à l’extrême-droite (décoration de Houellebecq à l’Elysée avec discours complice anti bienpensance), coup de fil à Éric Zemmour, faveurs administratives au Puy du Fou, fuites d’infos organisées à Valeurs Actuelles lors de l’affaire Benala… cette triangulation du pauvre signe surtout le tâtonnement idéologique du macronisme et son absence d’identité politique… un an et demi avant la présidentielle.   

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