30ème anniversaire de Beaubourg. Pour ce sept neuf trente spécial ce matin dans les murs du musée, un guide particulier, Dominique de Villepin. Le premier ministre sera l'invité du 8h20. L'occasion de parler des drôles de rapports de nos hommes politiques à la culture. En avoir ou pas ? La montrer ou la cacher ? Oser être classique, voire élitiste ou vouloir à tout prix être populaire ? Comment les politiques dévoilent leur rapport à la culture en dit long souvent sur le message qu'ils veulent faire passer. On sait quasiment tout de qui soutient qui, dans le monde des arts, des lettres et des peoples. Mais eux, dans l'antre de leur vie, que lisent nos candidats, qu'écoutent-ils, quels tableaux les font rêver ? Quelle place font-ils à la culture, quelle place veulent-ils lui accorder dans leur politique ? On sait désormais que Jacques Chirac n'est pas l'inculte qu'il a longtemps voulu paraître. Celui dont Françoise Giroud disait "cet homme est du genre à lire de la poésie derrière Playboy", s'est dévoilé au fil des années. Pendant la campagne présidentielle de 95, la publicité faite à sa connaissance des Tainos, a largement contribué à imposer l'image d'un candidat plus ouvert, humaniste, presque alter déjà à l'époque. Nicolas Sarkozy lui a choisi d'afficher son amour de la culture populaire; "comment un homme politique peut-il ne pas aimer ce qu'aiment les français?" assène-t-il comme une obligation. Interrogé sur ses lectures, le candidat répète en boucle depuis des années "Céline et son Voyage au bout de la nuit", Albert Cohen, et "Le livre de ma mère". Depuis peu, il ajoute Yasmina Réza, ça tombe bien, la jeune dramaturge écrit un livre enquête sur lui. 3 auteurs, et c'est tout ? C'est tout ce qu'il dévoile en tout cas, mais c'est tellement plus que Ségolène Royal. Si l'enfance, la scolarité et même le couple de la candidate n'ont plus de secret, personne n'ose s'avancer sur ce qu'elle lit, si "L'étranger" de Camus a-t-elle lâché il y a quelques jours, sur ce qu'elle écoute - si, la chanson française, elle était au piano avec Véronique Sanson chez Michel Drucker. Sinon elle court quelques expos, va au théâtre, mais jamais n'en parle. Jardin secret ceint de hauts murs ! François Bayrou, agrégé de lettres, n'est guère plus disert, il n'avoue facilement que son amour de la poésie. Quand Dominique de Villepin lui n'aimerait pouvoir parler que de ça ; des auteurs, des peintres qu'il a pour amis, des Soulages qu'il rêve de collectionner, des masques africains qui peuplent son bureau et desquels il pourrait parler des heures avec Jacques Chirac, des vers aussi dont il noircit jour après jour des feuilles et des feuilles. Alors, dire et se dévoiler, quitte à se mettre en porte à faux parfois avec son électorat, ou se cacher. Les politiques hésitent à faire état de la culture, de leur culture. Cet après-midi, ici même à Beaubourg, Jacques Chirac n'aura pas cette pudeur là. Il jettera la culture dans la mare électorale. Emparez-vous en ! dira-t-il à tous les candidats ! La culture, c'est l'échange, le partage, l'antithèse des conservatismes, la culture c'est la réponse à la mondialisation, alors allez y, parlez de culture pendant la présidentielle.

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