Le rapport Attali a conduit à la mobilisation hier de centaines de chauffeurs de taxis, qui ne sont pas les seuls à protester contre les propositions de l'ex sherpa mitterrandien. Ce n'est pas de la gêne qu'il suscite ce rapport dans la majorité, c'est presque de la haine ! La seule teneur des échanges entre Jacques Attali et les député UMP en début de semaine, en dit long sur le rejet que suscite l'ami des présidents. "Il faut en finir avec la République des experts" tonne par exemple Claude Goasguen élu de Paris. Jacques Attali l'invite aussitôt à aller "traîner ses godillots dans la gadoue de la République des imbéciles". "Attali se prend pour Turgot, qu'il vienne donc entendre le ras le bol des électeurs UMP devant les rogatons du mitterrandisme", réplique l'élu. Quelle infâmie a donc commis l'impétrant ? La majorité lui reproche en réalité 2 choses. Sur la forme, elle en a assez que le président donne l'impression de s'essuyer les pieds sur le paillasson du parlement, en déléguant à quelques individus, nommés, le soin de faire la loi. Un ras le bol accentué par le fait qu'Attali vienne de la gauche, et qu'il soit un brin arrogant : "Mes propositions, c'est tout ou rien" a-t-il dit. "Non, mais il se prend pour qui ?" ont sifflé à ses oreilles des élus qui eux, ont l'habitude de devoir discuter et amender leurs textes. Mais c'est sur le fond que la critique est la plus féroce. Pour les plus aimables, "il n'y a rien de nouveau dans ce rapport, ramassis d'idées éculées" je cite. Pour les plus acérés, il est à l'inverse un "cocktail explosif" de toutes les recettes que la droite française ne revendique même pas, et qui surtout choque à peu près tous les segments de son électorat. Et de citer, l'immigration : "Attali en est resté à la vieille lune du 20ème siècle, quand on faisait appel à l'immigré pour modérer les revendications sociales de nos propres populations, autant dire que les ouvriers chez nous, entendent bien le message", explique un député. De citer pêle mêle, la mise sous conditions de ressources des allocations familiales, "ça va à l'encontre du principe d'universalité qui fonde notre politique familiale depuis 50 ans". Les familles de la droite traditionnelle sont piquées au vif. La discrimination positive, pas du tout admise par un électorat populaire qui pense qu'il en fera les frais ; la remise sur le tapis de la TVA sociale, on a beau leur expliquer, les consommateurs n'entendent que le mot Taxe, et en plein désarroi sur le pouvoir d'achat, c'est franchement pas le moment ; jusqu'à l'idée de supprimer les départements, particulièrement mal venue en pleine campagne des... cantonales ! Eh oui, si les élus UMP sont si remontés, c'est aussi parce que ce rapport Géotrouvetout tombe mal. A quelques semaines des municipales, c'était franchement inutile de titiller le noyau dur des électeurs UMP, artisans taxis, notaires, médecins, tradi, classes populaires et ruraux attachés à leur Conseil Général. Les élus vous invitent à regarder de près les très mauvais sondages qui s'abattent sur Nicolas Sarkozy. "C'est Attali" disent-ils ! Un peu court évidemment. Ce qu'il faut entendre, c'est qu'ils ont l'impression que le président est pris au piège aujourd'hui de ses astuces géniales et perverses. Nicolas Sarkozy a tellement aimé jouer avec le feu d'une personnalité piquée à la gauche pour défendre des mesures iconoclastes de droite, qu'il n'a pas vu que ce n'était pas le moment. "C'est de l'amateurisme", analyse sévèrement un élu, mais comme il ne peut pas dire "C'est Sarkozy le problème, et bien il conclut, c'est Attali."

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.