Vous revenez ce matin sur le terme de « TVA sociale ». Terme que le Président refuse de prononcer…

Et pourtant qu’il a, bien sûr, prononcé à de multiples reprises, comme tout le monde, par le passé. Le terme TVA sociale désigne donc cet impôt indirect destiné à financer la protection sociale en lieu et place d’une partie des cotisations payées par les entreprises. Du coup, cette idée née dans des cerveaux de parlementaires de la commission des finances du Sénat, entre 2005 et 2007 avait été appelée TVA sociale ! C’était une jolie trouvaille, une façon d’associer deux mots qui se neutralisaient. Le mot « sociale » adoucissait l’acronyme TVA, impôt indirect donc injuste. Mais, alors que le candidat Sarkozy de 2007 avait envisagé d’expérimenter cette taxe, le président Sarkozy, n’écoutant que son courage qui, visiblement ne lui disait pas encore de l’instaurer, s’est empressé de l’oublier dès son élection et après un rapport en forme de pierre tombale commandé à Eric Besson. Il faut dire qu’entre les deux tours des législatives de juin 2007, dans un débat télévisé, Jean-Louis Borloo avait gaffé en expliquant que le prochain gouvernement pourrait instaurer la TVA sociale. Lors du deuxième tour des législatives le PS avait limité la casse. L’UMP obtenait une trentaine de députés de moins que prévu. Furieux, François Fillon avait considéré que c’était l’évocation intempestive de la TVA sociale par Borloo qui avait coûté ces trente députés à la majorité. Le terme de TVA Sociale était du coup souillé, c’était la marque de la défaite. Voilà pourquoi, quand le Président a décidé, ces dernières semaines, d’instaurer cet impôt, il a aussi décidé qu’il ne fallait plus dire « TVA sociale ». Il fallait lui trouver une autre appellation à base de « contribution », au lieu de « taxe », et de « solidarité », de « compétitivité », bref, plein de chouettes mots positifs !

Mais, encore raté : le gouvernement n’a pas réussi à éviter le terme.

Non et la fautive, cette fois ci c’est Valérie Pécresse, ministre du budget. Elle a ressorti le terme au grand dam du Président qui rame maintenant pour imposer ses « contributions » et ses « compétitivités ». La défaite est sémantique donc politique. Le PS veut pousser son avantage en tentant d’imposer le terme de « TVA Sarkozy ». Là, c’est un peu lourdingue et ça n’a pas dépassé le stade de la polémique… personne ne l’a repris. Les mots, en politique, parfois changent de connotation. Il ne faut pas se laisser surprendre. Il y a plusieurs exemples de batailles sémantiques gagnées ou perdues dans l’actualité récente. On a beaucoup commenté l’évolution du mot « rigueur ». Mais le plus gros ratage sémantique du quinquennat reste c’est celui du « bouclier fiscal ». Ce mot à connotation protectrice avait été inventé, au départ, par Jacques Chirac pour une disposition fiscale qui protégeait les petites entreprises. Nicolas Sarkozy l’a repris pour décrire un principe selon lequel personne ne doit payer plus de 50% de ce qu’il gagne. Le mot bouclier allait très bien avec le concept du « travailler plus pour gagner plus » ; on travaillait plus et on était protégé par un bouclier. Seulement voilà, à l’usage, on s’est aperçu que le bouclier protégeait surtout les plus riches… Le méchant mot « fiscal » a fini par manger le gentil mot « bouclier », comme le gentil mot « sociale » s’est fait dévoré par l’horrible « TVA ». En politique les mots sont vivants et plus ou moins féroces entre eux. La politique c’est un peu comme l’aquaculture : on ne met pas un piranha dans le même bocal qu’un poisson rouge !

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