Le débat sur le mariage homosexuel dévie avec la circulaire Taubira qui vise à donner des papiers français aux enfants nés à l'étranger d'une mère porteuse.

Oui et le résultat, c’est un brouillage complet du débat. La circulaire Taubira tend à régler un problème qui se pose pour des enfants, sans que la question du mariage homosexuel soit en cause. Cette utilisation par l’opposition sur le mode « on vous l’avait bien dit » est à la fois habile et très dommageable pour l’intelligibilité des débats. Le brouillage est aussi dû à une terrible maladresse de la majorité : les atermoiements du PS ces derniers mois -sur le fait de savoir s’il devait, ou non, intégrer la Procréation Médicalement Assistée (PMA) dans le projet de mariage pour tous- ont lié, dans l’esprit des Français, deux sujets qui n’ont aucun rapport : l’extension du droit au mariage pour les couples homosexuels et l’extension de l’autorisation de la PMA, au-delà des simples cas d’infertilité pathologique… Et maintenant, nous assistons à une sorte d’emballement qui fait passer le débat public d’un sujet à l’autre avec une rapidité et une superficialité confondantes, comme s’il était mû par un esprit d’escalier (dans le sens de la descente) : le mariage, donc la PMA, la PMA donc la GPA (gestation pour autrui), la GPA donc l’émergence d’une nouvelle filière d’immigration, la marchandisation des corps, et la manipulation génétique !

Bref, la majorité n’a plus la maîtrise des débats !

Non, même si à l’Assemblée, l’examen des articles et des amendements recadrera forcément les débats autour du texte (avec encore certainement des effets de séance inévitables sur ce genre de sujet) mais, plus généralement, le débat public, dans les médias, dans la société, dérive vers des questions qui en posent d’autres et ainsi de suite jusqu’à donner le tournis. Des questions auxquelles il faudra bien répondre un jour ! D’ailleurs, le comité national d’éthique s’est déjà auto-saisi de certaines d’entre elles et François Hollande devrait lui soumettre bientôt les interrogations de la société liées à la PMA. Et elles sont nombreuses et variées…Quid, par exemple, de la PMA de confort, de ces femmes qui décideront de congeler leurs ovocytes, pour les féconder plus tard, quand ce sera mieux pour leur carrière ou qu’elles auront trouvé un partenaire qu’elles attendaient, ou le client ? Le collège national des gynécologues et obstétriciens français a émis un avis favorable à la conservation des ovocytes dans un cadre plus large que celui que permet actuellement la loi. Faut-il instaurer une limite d’âge pour la réimplantation ? Comment doit évoluer la législation sur la conservation, non pas seulement des ovocytes mais des embryons ? Et pour quel but ? On le voit bien, chaque question en entraîne plusieurs autres pour lesquelles les responsables politiques ne trouveront pas de réponses avec leurs grilles de lecture habituelles. Des questions inédites qui demandent des débats aussi techniques que philosophiques. Et cette montagne d’interrogations qui s’offre à nous, en fait, était là. Incommensurable et évolutive. Que les homosexuels aient le droit de se marier ou pas, n’y change absolument rien ! La société française n’avait pas besoin du désordre des débats (dû au PS) ni de leur instrumentalisation (dû à l’UMP) pour aborder cette angoissante profusion de questions existentielles.

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