Benoit Hamon peut-il rassembler la gauche ?

Pour l’instant non. Pourtant, de là où il est sur l’échiquier de la gauche, il pourrait faire office de pont entre ces socialistes qui ne rougissent pas du quinquennat, et la gauche de la gauche représentée par un Mélenchon tanké dans une position d’irréductible opposant à tout ce qui porte une étiquette PS. B. Hamon a aussi un avantage de taille sur les autres : sa candidature n’est pas le fruit d’une aventure personnelle, mais d’un processus démocratique qui lui donne une légitimité concrète. Et bien malgré ces facteurs positifs, Hamon, aujourd’hui, n’est pas en mesure de réunir la gauche. Parce que le rassemblement ne se fait jamais autour du plus légitime, autour du point d’équilibre mais derrière celui qui incarne la plus forte dynamique. Et la dynamique ne se décrète pas, elle s’organise et surtout résulte de l’adéquation d’une personne, de son discours avec l’époque (de Gaulle disait « les circonstances »). Tant que le vent ne se lève pas pour B.Hamon (et encore une fois seuls ces satanés sondages nous le diront), il n’y a aucune raison que Mélenchon et ou Macron renoncent à leur campagne déjà sur de bons rails depuis des mois.

Et quelles sont ces circonstances qui portent les candidats en ce moment?

A gauche, comme à droite, en France, dans tout le monde démocratique, les circonstances sont au grand chambardement des sortants et des partis classiques. Voilà pourquoi Marine Le Pen est en avance sur tout le monde ! JL.Mélenchon avait eu cette intuition en intitulant l’un de ses livres Qu’ils s’en aillent tous (2011) ! E.Macron assoit aussi son dynamisme sur l’opposition aux partis politiques établis. B.Hamon a gagné la primaire grâce à ses propositions innovantes mais aussi beaucoup à son statut de frondeur. Dans le bowling que sont les élections partout en ce moment, il y a les quilles et il y a les boules. La question n’est donc pas d’être capable de rassembler mais de dégommer. Dans ce grand bowling électoral que nous constatons chaque jour, le tout est de savoir qui est quille et qui est boule. Et ça ne se voit pas forcément à l’œil nu. Les sortants, les stars installées de la politique, sont plus souvent des quilles : Hollande, Juppé, Sarkozy, Duflot, Valls. Mais attention on peut passer de boule à quille ! F.Fillon, renversant les favoris de son camp, était une boule ! Aujourd’hui, empêtré dans des affaires qui rappellent à quel point il vit du (et par) le système qu’il dénonce, risque fort de devenir une quille. Hamon est une boule qui a fait un strike lors de la primaire. Aujourd’hui prié par le 1erMinistre de cesser de critiquer le bilan et de prendre de la hauteur (les boules de bowling ne volent jamais très haut), va-t-il devenir une quille ? La rencontre prévue entre JM.Mélenchon et B.Hamon, plus qu’une conversation entre 2 candidats politiquement voisins, sera la rencontre d’une boule et d’une quille. Qui sera quoi ? Mais à n’en pas douter –et au-delà du cas de la gauche- pour l’instant (pour l’instant seulement) ceux qui ont de l’avance sur la piste-plancher du grand bowling de mai 2017 sont bien M.LePen et E.Macron.

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