Laurent Wauquiez demande la démission de Gérald Darmamin, mis en cause dans une affaire de viol.

Laurent Wauquiez prend là une terrible position. Quoi que l’on pense du fond de l’affaire (et d’ailleurs peut-on simplement en penser quelque chose, en l’état de ce qui est dans la presse), il parait totalement abusif et prématuré de demander à un ministre de quitter ses fonctions sur une dénonciation et un dépôt de plainte. Il y a une jurisprudence politique, établie par Edouard Balladur quand il était 1er ministre : un ministre mis en examen doit démissionner. Cette règle non écrite, juridiquement très douteuse, compte-tenu des principes de secret de l’instruction et de présomption d’innocence, est une règle politiquement compréhensible. Bien souvent, un ministre embringué dans une procédure judiciaire perd son autorité, son énergie et peut devenir un mauvais ministre, nuisible pour sa majorité comme pour la bonne marche des affaires publiques. L’idée de la  jurisprudence Balladur n’est pas de sanctionner le mis en examen (même si, de fait,  parfois ça le tue, politiquement) mais d’assurer le bon fonctionnement de la machine gouvernementale.

Avec la démission de François Bayrou, sans mise en examen, une nouvelle étape a été franchie quand même !

Effectivement, une enquête préliminaire pour des questions de financement de parti avait été ouverte. Le ministre de la Justice a dû démissionner mais là encore, ce n’est pas une mesure disciplinaire, simplement François Bayrou était garde des Sceaux… ministre de la Justice. Il devait, à ce titre, défendre, quelques jours plus tard, une loi de moralisation de la vie politique ! On le comprend aisément, en porte-à-faux au moment de répondre aux critiques adressées à son texte et à sa personne, il n’aurait pas eu l’autorité pour mener à bien ces débats. Marielle de Sarnez et Richard Ferrand, eux aussi mis en cause sur des sujets de financement, étaient dans la même situation au moment de la  discussion de ce 1er texte emblématique. L’exception Bayrou à la règle Balladur se justifie donc. Si Darmanin avait été ministre des Droits de la femme, à la veille de défendre une loi, par exemple, sur le harcèlement sexuel, il est certain  -même sans être mis en examen- qu’il n’aurait pas pu rester en fonction ! Faire semblant de ne pas comprendre cette différence de situation et demander, comme le fait Wauquiez,  de la cohérence entre les sorts de Darmanin et Bayrou, c’est porter un jugement moral sur l’affaire qui touche le ministre des comptes publics. Un jugement moral alors que personne ne connait encore les tenants et aboutissants de cette histoire. Laurent Wauquiez, qui n’était pas favorable à ce que François Fillon renonce à sa candidature, même mis en examen, prend là une position non pas de principe mais ciblée, ad hominem. Heureusement pour l’honneur de l’opposition de droite, cette idée liberticide, façon loi des suspects, n’est pas majoritairement suivie à LR. C‘est un premier accroc à l’autorité de Laurent Wauquiez. Gérald Darmanin sera peut être mis en examen un jour, même condamné, mais pour l’instant, s’il devait démissionner, n’importe quel ministre pourrait se considérer en sursis, à la merci d’une simple dénonciation montée par un lobbie, un cinglé ou un opposant peu scrupuleux.

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