François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes. Que signifie ce choix ?

Il signifie que Laurent Wauquiez se sert des européennes pour refonder idéologiquement la droite. En période de recomposition, tout est à reprendre à zéro. La droite dite de gouvernement n’a plus d’identité propre. Il s’agit de répondre à cette question simple : ‘pourquoi être de droite?’ La droite classique, en se redéfinissant, entend peser sur la nouvelle cartographie politique qui se dessine dans le monde démocratique. Cartographie sans Est ni Ouest, ni droite ni gauche. Insoumis, RN, macronistes, écologistes mais aussi Gilets jaunes, tous disent dépasser ce vieux clivage. Nationalistes vs mondialistes ? Populistes vs libéraux ? Le nouveau clivage pertinent n’est pas encore arrêté. Le pedigree sociologique et philosophique de Bellamy dit sur quelles bases Wauquiez souhaite redéfinir son cap. Mais le jeune élu versaillais n’est certainement pas le meilleur casting pour un carton aux européennes.

Il a quand même été choisi !

Oui parce qu'il représente un point d’ancrage sociologique et philosophique. Ça aurait pu être une toute autre figure, de facture plus populaire, plus ‘Métro à 5 heures du soir’ pour reprendre le mot de Malraux réactualisé en ‘rond-point à 5 heures du soir’. C’est ce que Chirac et Sarkozy avaient cherché à incarner (en vain) en 1995 et 2007. Là, il s’agit de cette droite catholique, bourgeoise, bien née et polie. Conservatrice et (ce n’était pas arrivé depuis longtemps et c’est très significatif) une droite qui affirme que la religion est source d’inspiration pour ses idées! Laurent Wauquiez préférera dire ‘une droite enracinée’ pour se différencier du macronisme libéral et nomade. Son échange énamouré, hier avec Eric Zemmour, montre même son souhait de renouer avec la droite réactionnaire, celle qui excuse Pétain ! Bien sûr, la droite Bellamy représente une toute petite fraction de la population : les catholiques pratiquants de l’ouest des grandes villes ou éparpillés, mais très minoritaires, en zone rurale. Cette droite de classe est-elle le bon noyau autour duquel mûrir un projet global? Wauquiez manifeste en mettant un philosophe au-devant de la scène, une volonté, disons, gramscienne de mener un combat culturel. C’est assez osé parce que le dernier combat culturel de François-Xavier Bellamy contre le mariage homosexuel est une cuisante défaite puisque cette loi est maintenant plébiscitée.  Pour autant, cette droite n’est pas sans arguments potentiellement porteurs. Elle a une âme et ne base pas sa pensée sur l’argent et le profit. Certes, il y a une part d’hypocrisie : de l’argent, elle en a plutôt et ne propose pas particulièrement de le partager! Mais elle n’en fait pas étalage et l’accumulation n’est pas, pour elle, une valeur positive. Son attachement aux traditions, aux terroirs, aux racines, à la culture classique, peut trouver un écho en période de déshérence identitaire, pour une partie de la population (au-delà du cercle conservateur) qui recherche une forme de relocalisation humaine. Le pari Belammy, hasardeux pour les européennes, sera-t-il pertinent à plus long terme? Pour l’instant il laisse surtout le centre-droit, un large espace politique inespéré… à Emmanuel  Macron.

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