Les Allemands abandonnent le nucléaire… Quelles sont les répercutions sur le débat politique français ?Cette décision spectaculaire d’abandonner le nucléaire en seulement dix ans va crédibiliser un peu plus l’option « sans nucléaire » en France. Chez nous, cette idée avait encore des relents de subversion. « Non au nucléaire » c’était, dans l’imaginaire français, l’irresponsabilité, les chevelus de Plogoff, les touristes allemands un peu baba, en tongs et chaussettes, en 4L avec l’autocollant jaune « nucléaire nein danke » sur la vitre arrière. En gros ce n’était pas sérieux. Eh bien là, c’est la droite allemande, la carrée, la rigoureuse, la réaliste Angela Merkel, le costaud germanique, notre modèle, notre complexe qui se range à l’avis des écologistes. C’est un peu comme si votre cousin notaire qui a toujours voté à droite vous tendait, à la surprise générale, un joint à la fin de la communion du petit en vous disant « fume, ça ne peut pas faire de mal ». Angela Merkel nous tend un joint ? Qu’est-ce qu’on fait ? Le débat sur le nucléaire, qui n’a jamais eu lieu en France parce qu’une idée qui vient du Général de Gaulle, une idée étiquetée « indépendance nationale », une idée qui réunit le PC, le PS, l’UMP et le FN a autant de chance d’être débattue qu’un projet de prohibition du vin rouge. Sauf qu’il y a eu Fukushima, que certaines de nos centrales sont vieilles, qu’on ne sait toujours pas vraiment comment les démonter et que tout ça commence à se voir. En Allemagne, plus de 80% de la population est pour la sortie du nucléaire. En France, maintenant, c’est du 50/50.Oui même si les enquêtes d’opinion sur ces sujets dépendent beaucoup de la formulation de la question… L’opinion est partagée parce que l’abandon du nucléaire c’est aussi la promesse de sacrifices et de changements radicaux dans notre façon de vivre. On connaît les chiffres clefs : en Allemagne 23% de l’électricité provient du nucléaire, en France c’est entre 75% et 80% mais grâce à ces 80% nous produisons moins de gaz à effet de serre que les Allemands. Le débat est donc complexe et tout le monde n’a pas les idées très claires sur le sujet. L’UMP et les écologistes ont tranché. Les premiers veulent garder et moderniser le nucléaire tout en diversifiant les sources d’énergies. Les Verts veulent abandonner le nucléaire en 25/30 ans, c'est-à-dire à plus longue échéance que la droite allemande… et le PS est divisé. Le projet socialiste (qui est un compromis) parle de la sortie du « tout nucléaire ». Une position un brin hypocrite comme le fumeur qui promet « j’arrête sauf quand j’en ai très envie » ou un abolitionniste qui dit « non à la peine de mort sauf pour les crimes très graves »…mais on sait que Martine Aubry est pour la sortie du nucléaire, tout court. Le paradoxe de toute cette affaire c’est que les Allemands risquent de manquer d’électricité et donc d’importer de l’énergie de France. Ce qui rendra le nucléaire français encore plus rentable et ne nous incitera pas à nous engager vers la sortie. Mais à terme, puisque nos voisins allemands, italiens et espagnols sont tous très majoritairement anti-nucléaire, ils finiront bien par exercer une pression sur la France et sa cinquantaine de réacteurs pour qu’à son tour, elle abandonne l’atome… Les Allemands se sentiront rapidement aussi menacés par la centrale de Fessenheim en Alsace que par celle de Philipsburg dans le Bade-Wurtemberg, région qui vient justement de se doter d'une majorité écologiste.

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