L’Express affirme qu’il y a eu un accord secret dans le Vaucluse entre deux candidats PS et FN pour favoriser leurs élections respectives. Est-ce possible ?

Il ne faut pas s’y tromper. Il est bien sûr totalement inconcevable d’imaginer un accord secret au niveau national mais, localement et ponctuellement, c’est tout à fait plausible et d’ailleurs, notre confrère de L’Express , Tugdual Denis, qui a d’autres éléments, maintient ses informations ce matin. Moyennant aucun scrupule et une ambition sans bornes, ce genre de pratiques n’est pas très compliqué à mettre en place localement et sans bruit. On n’imagine pas le Parti socialiste de Martine Aubry, en 2012, en être l’instigateur, ni celui d’Harlem Désir, aujourd’hui avoir la moindre indulgence pour de telles tractations… Mais ce ne fut pas toujours le cas à la tête -sinon du PS-tout du moins de l’Etat, quand François Mitterrand était Président de la République. Et là il nous faut faire un peu d’histoire. Arithmétiquement, un FN fort a toujours été très bénéfique au PS (sauf le 21 avril 2002 bien sûr). Au début des années 80, le FN était groupusculaire. Il avait fait 0,2% aux législatives de juin 81. L’extrême droite de l’époque c’était le PFN (le parti des forces nouvelles) de Pascal Gauchon que tout le monde a oublié aujourd’hui. Pascal Gauchon avait été le candidat de la présidentielle de 81, pas Le Pen. Mais en 1982 les télévisions publiques (dont TF1 à l’époque) ont commencé à inviter Jean-Marie Le Pen sur ordre de François Mitterrand qui le connaissait bien des bancs de l’assemblée de la IVème République et qui appréciait son talent. François Mitterrand avait donc favorisé et instrumentalisé le FN comme ce fut démontré, preuves et témoignages à l’appui dans un excellent livre, La Main Droite de Dieu , notamment écrit par Emmanuel Faux et Gilles Perez…

Peut-on dire que c’est François Mitterrand qui est à l’origine du succès du FN ?

Non, bien sûr… Les conditions politiques étaient réunies pour qu’une droite radicale prospère… Mais François Mitterrand, avec des personnages comme Roland Dumas ou Michel Charasse, qui était à l’Elysée à l’époque, ont œuvré en sous-main pour le remettre en selle. L’expansion médiatique de Le Pen précède son expansion dans les urnes. Leur idée était simplement qu’un parti d’extrême droite fasse quelques 2 ou 3% dans certaines villes pour rogner les bases du RPR et de l’UDF à l’approche des municipales de 1983 qui s’annonçaient désastreuses pour la gauche. Disons que Mitterrand, que le cynisme n’étouffait pas, a allumé la mèche de ce qu’il croyait être un pétard mais qui était, en fait, une dynamite, prête à exploser au cœur de la politique française. A l’époque personne n’était en mesure d’imaginer que la boutique FN deviendrait une grosse PME. Le scrutin proportionnel appliqué aux législatives de 86 a incrusté pour longtemps le FN dans le paysages politique français. Mais, contrairement à ce que l’on dit souvent, ce n’était pas là une manipulation pro-FN. Ce mode de scrutin n’a fait que refléter un vrai succès électoral du parti d’extrême droite. Et la proportionnelle était une très ancienne promesse de la gauche. Aujourd’hui encore, à l’approche des municipales, bien des responsables socialistes ont un sentiment inavouable, des pensées impures de séminariste dans un magasin de lingerie… Ils rêvent que le FN soit en position de se maintenir au second tour dans le plus de villes possibles.

  • "La Main droite de Dieu : Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite"

Auteurs : Emmanuel Faux, Gilles Perez et Thomas Legrand(éditions Le Seuil, 1994)

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