La politique entrerait-elle dans l’ère de l’écologie.

Ce  que les écologistes attendent depuis longtemps est peut-être en train  d’arriver : que l’écologie  apparaisse comme la nouvelle matrice du débat politique. D’abord il y a  le débat sur le capitalisme : est-il compatible avec l’écologie ? André  Gorz avait, le 1er, dans les années 1970, posé la question de la nature de la croissance et de la productivité  destructrice. Aujourd’hui de plus en plus  d’économistes, comme Eloi Laurent, estiment, je cite que: ‘la pauvreté accroît l’urgence de survivre, y compris au prix de dégradations insoutenables’.  Il constate, en même temps, que les pays les plus  égalitaires sont les plus vertueux en matière écologique. Mais les pays  les plus égalitaires (dans le nord de l’Europe) n’ont pas tourné le dos  au capitalisme, ils l’ont régulé, via la social-démocratie. A une  échelle plus importante, comment réduire les inégalités  sans produire plus ? Questions essentielles que se posait aussi pour  nous Bernard Maris. Comment produire autrement, consommer autrement,  décider que ‘le bonheur n’est pas d’avoir des avoirs pleins nos armoires’ comme le chante Souchon ? Et  surtout à quoi bon se poser ces questions si l’ensemble du monde ne se  les pose pas ? Tout le monde n’est pas devenu écologiste  mais tout le monde commence à s’inquiéter de l’état de la planète. Et  la jeunesse (occidentale au moins) se mobilise. En France, il ne faut  pas sous-estimer la transition qui se produit sous le crâne de nombre de  nos concitoyens et d’élus de tous bords. Pas  uniquement pour des raisons tactiques. La force de l’écologie,  c’est  qu’elle apporte, aujourd’hui, à chaque formation politique en crise, de  quoi se régénérer. 

La gauche 'écologise' vraiment son discours…

Gauche,  puis droite, ils y viennent ou y viendront. Des libéraux (qui sont  aussi des gens  qui respirent par la bouche) commencent à expliquer que seul le marché  est assez puissant et habile pour mobiliser les capitaux nécessaires à  la transition énergétique, et lorsqu’il sera plus rentable d’investir  (et on en approche) dans le renouvelable que  dans le charbon, par exemple, tout ira vite. Les Keynésiens aussi  veulent survivre ! Ils sont favorables à un New deal vert. Les  conservateurs (c’est marqué dessus) veulent conserver. Quoi de plus  écolo ? La droite identitaire devient fan des circuits courts.  La courgette française sera toujours meilleure que la courgette  étrangère. On n’est pas loin du moment où Marine Le Pen va vanter les  AMAP. C’est cette plasticité de l’écologie qui permet à Yannick Jadot de  siéger dans un groupe vert européen, avec des Allemands  qui s’allient aussi bien avec la gauche qu’avec la droite. L’écologie  n’est pas vue comme une idéologie mais comme un impératif qui submerge  le débat politique. Tout comme, au XIXème siècle, il y eut un parti  républicain avant que l’idée de la république s’impose  pour devenir le cadre de nos débats, l’écologie pourrait devenir un  thème englobant, avec des solutions différenciées. Ce ne sont pas les  13% de Yannick Jadot ou les 20% des Grunen qui sont impressionnants,  mais bien la teneur en écologie de tous les discours,  sur tout le spectre. Après la république en 1875, la république sociale  en 1945... Nous allons peut-être vers l’ère de la république  écologiste.

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