Les enseignements de cette déroute de la gauche.

On dit « une paire de claques », voilà la deuxième. Elle n’est pas donnée par la droite qui gagne dans un contexte de faible participation, elle est administrée par les électeurs de gauche… directement à François Hollande. Ce deuxième tour qui ancre (avec une ampleur inédite) dans les habitudes politiques françaises le fait que la majorité au pouvoir, au niveau national, perd les élections intermédiaires. Comme si, (au moins depuis 2002 et le second mandat de Jacques Chirac) les électeurs français sanctionnaient le pouvoir… non pas forcément pour sa ligne politique mais pour son impuissance à changer les choses malgré des affirmations toujours plus volontaristes. Rappelons que la grande majorité des départements et la totalité moins une, des régions étaient tombées à gauche sous Jaques Chirac et Nicolas Sarkozy. Cette façon d’assurer à l’opposition de larges succès locaux installe une forme de cohabitation horizontale (entre pouvoir national et pouvoir local) qui est en train de devenir une règle du fonctionnement de notre démocratie. Une démocratie qui semble n’avancer que par réaction contre l’impuissance des gouvernants à sortir la France de la crise, depuis près de 40 ans. Mais à force de sanctionner localement la droite quand elle est au pouvoir à Paris et la gauche quand celle-ci a les manettes, la troisième solution, le FN, progresse logiquement, d’autant que, de façon très habile, le parti de Marine Le Pen arrive à se « désextrémiser ».

Le changement de gouvernement, qui ne fait plus de doute, signifiera-t-il un changement de ligne politique ?

Non, sans doute pas. Il y aura forcément un couplet « justice sociale » dans l’expression du Président. Mais il serait étonnant de le voir renoncer au pacte de responsabilité et aux 50 milliards d’économie. Beaucoup d’électeurs de gauche n’ont pas voté. Il n’y a pas non plus une poussée du Front de Gauche qui remporte, certes à Montreuil ou à Grenoble, avec les écologistes de belles victoires… mais clairement le message de ces deux dimanche c’est une demande d’efficacité, de justice et d’autorité. François Hollande va donc certainement changer de Premier ministre, pour signifier une accélération et une clarification des objectifs. On parle depuis la semaine dernière de Manuel Valls, qui pendant la primaire socialiste était le seul à défendre une ligne sociale libérale, celle que tente finalement d’appliquer François Hollande. La demande d’autorité plaide aussi pour le ministre de l’Intérieur. Mais Manuel Valls est clivant à gauche et les écologistes sont rétifs à l’idée de faire partie d’un gouvernement Valls. Il paraît un peu délicat (pas insurmontable mais délicat) qu’au lendemain d’une lourde défaite électorale, le Président nomme un Premier ministre qui aurait comme base, une majorité réduite de l’une de ses composantes. Le résultat d’hier peut faire monter une autre solution : Bertrand Delanoë. Le maire de Paris a réussi, brillamment, à sauver sa ville de la déroute générale. Il est, depuis toujours, sur une ligne sociale démocrate. Il plaide pour une gestion rigoureuse des finances publiques et malgré tout, il entretient d’excellents rapports avec les syndicats, les écologistes…et même les communistes. Paris n’est pas la France mais, ce matin, la situation politique du pays donne de la force à l’hypothèse Delanoë. Deux incertitudes quand même : 1/ François Hollande fait-il la même analyse ? 2/ Bertrand Delanoë a-t-il pris une assurance annulation sur son billet pour Bizerte, en Tunisie, où il comptait se rendre en vacances dans quelques jours ?!

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