Vous vous penchez sur les résultats de l’enquête du CEVIPOF, avec le Monde et Ipsos sur la primaire de la droite et la présidentielle de 2017

Oui, le principal enseignement de cette enquête (réalisée avant le fiasco de la déchéance) c’est que si le 1ertour avait lieu dimanche, François Hollande serait à 14% ! Mais pourquoi s’intéresser à ce sondage plus qu’à un autre ? Parce que, publié tous les 3 mois, il a ceci de particulier : il se base sur un échantillon de 21.000 personnes, c’est à dire 20 fois plus que le tout venant des sondages. Ce large échantillon réduit la marge d’erreur, et permet surtout de dégager un sous-échantillon significatif de 1282 sondés qui se disent certains d’aller voter à la primaire. Echantillon raisonnable pour observer l’évolution de chaque candidat sur la durée. Que voit-on ? Qu’Alain Juppé reste le grand favori avec une intention de vote de 42%. Suit Nicolas Sarkozy qui chute de 6 points à 26%. Bruno Le Maire s’installe en 3eme homme avec 17%. Pour la présidentielle, Alain Juppé domine toujours et, (fait politique que ses partisans ne manqueront pas de souligner) : Face à lui au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen ferait 26%. Face à Nicolas Sarkozy, elle ferait 28% ! C’est à dire que la stratégie de droitisation et de l’ancien président est contre-productive face à l’extrême droite.

Mais tout le monde sait qu’un sondage, même avec un tel échantillon, à 14 mois d’une présidentielle ça ne vaut pas grand-chose !

C’est vrai pour la présidentielle, pas pour la primaire. Je m’explique : A la primaire on vote pour désigner un candidat et pas un président. Donc, les électeurs ne votent pas forcément pour celui qui fera, à leur yeux, le meilleurs président, mais pour celui qui a le plus de chance de gagner la présidentielle. Et là, les électeurs n’ont que les sondages à leur disposition, fiables ou pas ! Beaucoup d’électeurs de gauche qui se sentaient idéologiquement plus proche de Martine Aubry, ont choisi, en 2011, François Hollande qui, dans les sondages d’alors, apparaissaient comme le seul à pouvoir battre Nicolas Sarkozy. Même si très peu d’électeurs de gauche iront voter à la primaire de la droite, ils ont quand même un poids surdimensionné dans la sélection du candidat LR puisqu’ils fournissent de gros bataillons d’avis positif dans les côtes de confiance flatteuses du maire de Bordeaux. Cette popularité pèse lourdement dans le choix des électeurs de droite. Pour se rassurer, Nicolas Sarkozy compare les sondages de Juppé à ceux de Balladur avant 1995. Sauf qu’à cette époque, il n’y avait pas de primaires. S’il y en avait eu, s’il s’était agi de désigner en 1994 un candidat et pas un président, c’est sans doute Edouard Balladur qui aurait remporté la primaire en raison des sondages présidentiels dramatiques pour Chirac. Les sondages auraient donc changé le casting de la présidentielle de 1995. La primaire est un cas, (c’est d’ailleurs démocratiquement problématique), un cas où il est avéré que les sondages pèsent véritablement sur le scrutin.

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