Après le soutien de Manuel Valls à Emmanuel Macron faut-il se pencher sur la dépouille du PS ?

Pas encore. Le PS ne disparaitra pas de sitôt. Si Benoit Hamon doit ne pas être au 2nd tour, les socialistes auront des candidats partout aux législatives et restent avec LR (quels que soient les résultats du 7 mai) bien ancrés dans les territoires. Mais c’est vrai que le PS n’est plus l’axe central autour duquel s’organise la gauche. Il est plutôt le point d’où partent militants et électeurs pour alimenter En Marche! de Macron ou la France Insoumise de Mélenchon. En faisant un effort de renouvellement idéologique, sur la notion de travail (le revenu universel), sur l’écologie, matrice du programme, Benoit Hamon a cru (et c’était crédible) œuvrer pour la régénérescence de son camp. Mais ses propositions n’ont pas eu le temps d’être ingérées par les socialistes, culturellement attachés au travail comme facteur d’émancipation et à la croissance –de préférence industrielle- comme principale source de redistribution. Les électeurs de gauche avaient déjà, au cours du quinquennat, été bousculés avec la loi travail, ressentie comme un coup de canif au compromis social, avec le projet de déchéance de nationalité, contraire à leurs valeurs élémentaires. Le tout après des décennies de couleuvres avalées, de virage de rigueur en 1983, de privatisations jospiniennes. L’homo-socialicus s’est vu imposer un rythme d’évolution brutal. Une évolution dans les faits, mais jamais vraiment assumée dans les discours (jusqu’en 2014). De 1983 à 2014, le discours du PS est bien plus à gauche que son action. 30 ans de mystification devaient bien se payer un jour. Aujourd’hui, l’homo-socialicus est fatigué et réclame de la cohérence entre les mots et les actes.

Et Emmanuel Macron et JL Mélenchon leur en proposent ?

Ils en donnent le sentiment puisque pour l’instant on ne peut juger que de leurs mots. Le discours de Mélenchon comporte certes une bonne part de protestation et semble fait plus pour passer de 10 à 20% que pour rassembler les Français. Mais sa radicalité prévoit les moyens de son action. Le plan B de rupture, le conflit assumé avec Bruxelles ou Berlin sur les marges de manœuvre budgétaires, apparaissent comme des propositions cohérentes avec les objectifs affichés par le candidat de la France Insoumise. Hamon, lui, entend faire entrer son projet dans les clous de Bruxelles et avec la bénédiction de Berlin. Le coup du « on va convaincre Berlin et Bruxelles » est fait à chaque élection par la gauche, comme d’ailleurs par la droite. Plus personne n’y croit. De son côté, Macron, comme Mélenchon, propose sa cohérence, mais lui c’est en s’assumant pleinement européen. Il affirme qu’il faut que la France se réforme, s’adapte aux règles européennes qui sont des règles de bonne gestion qui permettront de nous adapter à la mondialisation et à sortir de la crise. On peut adhérer ou pas aux discours de Mélenchon ou Macron mais ils ont l’air de trancher enfin ! Le PS, finalement, n’a jamais gagné une élection nationale sur un discours de clarification. Cette clarification, les électeurs menacent de la faire sans lui. Mélenchon et Macron sont l’expression outrée de cette clarification. Ça tombe sur Benoit Hamon. C’est cruel mais c’est ainsi. En politique, qui ne tranche pas finit par se faire trancher.

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