Comment se situer dans le débat autour du professeur Raoult ?

Le professeur Raoult dans son bureau à Marseille
Le professeur Raoult dans son bureau à Marseille © AFP / Gérard Julien

Surtout ne pas se situer ! A moins d’être bac 7 en médecine. La  controverse autour de la chloroquine et de la personnalité du docteur  Raoult est la quintessence de ce que ‘l’expertocratie’ de plateaux de télé et de réseaux sociaux produit de plus pitoyable.  Depuis que la controverse publique à tout propos est devenue le divertissement qui occupe l’info continue et les réseaux sociaux, depuis qu’Internet est devenu le comptoir global, chacun se croit à même de rivaliser avec le spécialiste le plus pointu. Bien sûr, ça ne date pas du coronavirus mais comme, avec cette pandémie, le sujet est scientifique et que la mode populiste est à dénoncer les sachants…  une partie de la population (celle qui ne croit plus l’expertise, surtout si elle est liée aux autorités) trouve en Didier Raoult un maître à penser. Des politiques, des commentateurs se font l’écho de cet engouement et répandent sur C-news, par exemple, leur ignorance péremptoire. La popularité de  Raoult ne tient pas tant à l’état (reconnu d’ailleurs) de ses recherches qu’à son image de vilain petit canard du système. Tant pis si comme quasiment tous les autres spécialistes, il pensait au début que  le Covid-19 ne serait pas une pandémie. Son look, ses coups de gueule, le placent du côté des « antisystème ». Et c’est d’ailleurs peut-être justement parce que cet homme n’est pas à l’image des mandarins, qu’il aura un esprit plus imaginatif et qu’il aura raison. Il faut l’espérer.   

Mais on n’en sait rien !  

Eh non ! Et nous en sommes réduits à écouter les hommes (et femmes) de l’art. Et il se trouve qu’ils ne sont pas d’accord entre eux. Il est  vrai qu’il est plus difficile pour le commun des mortels, profane en virologie, d’admettre que sur une science dure, il puisse y avoir des débats. Deux médecins pas d’accord, ce n’est pas comme deux sociologues qui s’opposent. Il ne s’agit pas de deux opinions, deux visions de la société. Il s’agit d’un spécialiste qui a raison versus, au mieux un spécialiste qui se trompe, au pire un escroc. Les politiques qui refusent de dire ‘je ne sais pas’ se divisent entre ceux qui pensent que le professeur Raoult est un savant maudit qui a raison contre un système qui ne  voudrait pas (on se demande pourquoi d’ailleurs) qu’un tel énergumène soit la solution… et ceux qui pensent que Didier Raoult est un Diafoirus imbu de lui-même. En réalité, il y a un débat scientifique sur la pertinence du maintien de la méthodologie de l’expérimentation  médicale en temps de crise. On a beau être pour la démocratie plus participative, pour l’horizontalité à tout propos dans une démocratie  ouverte et moderne - c’est généralement le cas dans cette chronique -  là, soyons honnêtes : c’est le vertical des vrais experts qui doit primer ! Nous, on n’en sait rien… Et vous savez quoi ? Ça fait parfois du bien de dire ‘je ne sais pas’… on devrait essayer un peu plus souvent en ce moment…     

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