Jacques Chirac dans "Le Figaro" ce matin. Fait rare, le président a accordé une interview pour parler de la politique française. A 6 mois de l'échéance présidentielle, l'important pour lui est de prouver qu'il est là et bien là ! Vous vous souvenez peut être qu'on avait reproché l'an dernier à Jacques Chirac d'être resté enfermé dans sa tour d'ivoire élyséenne pendant que les quartiers brûlaient, ne sortant que fort tard du château, pour une crépusculaire apparition. Vous vous souvenez aussi que, plus récemment, un documentaire, le film de Patrick Rothman diffusé il y a 10 jours, dépeignait un phénomène politique déroutant : Chirac, cet homme aux 1000 fidélités humaines et idéologiques successives, cet homme qui donne tellement de vérité au curieux adage : ce n'est pas le vent qui tourne, c'est la girouette ! Et bien voilà, en donnant cet interview au "Figaro", Jacques Chirac entend bien faire mentir son passé, celui de girouette présumée, il entend occuper le présent et surtout préparer l'avenir ! D'abord soucieux de pointer les éléments qui pourraient être mis au crédit de son mandat finissant, attentif à la nécessité de prouver qu'il a une ligne, cette ligne c'est l'emploi, et bien pour la première fois, le président grille la politesse à son gouvernement, et annonce en personne les bons chiffres du chômage. Il assure surtout que "ce combat contre le chômage est une préoccupation qui dépasse de 100 coudées les considérations d'ordre politique." Considérations d'ordre politique ? Mais de quoi parle-t-il ? Cohérent donc avec sa ligne mais aussi actif dans le champ du présent. Jacques Chirac fixe le cap et les limites sur tout, situation dans les banlieues, ordonnance de 45 ou réforme des 35 heures. Distribuant avec une belle équanimité, les bons points à chacun, mention spéciale pour Dominique de Villepin, mais Nicolas Sarkozy n'est pas oublié. Amen ai-je envie de dire. Car vous pourriez croire, que le dernier personnage que le président se construit est celui du petit père des peuples, guide et rassembleur de la Nation, "pacificateur en chef" des haines et des ambitions de ses éventuels successeurs. Détrompez-vous, ce que Jacques Chirac vient dire avec cet interview, c'est aussi et surtout qu'il va falloir compter avec lui, jusqu'au bout, et là l'équanimité de son personnage s'estompe un peu. Jacques Chirac rappelle la doxa gaulliste, la présidentielle, dit-il, c'est la rencontre entre un homme et un peuple. Tout est donc possible souligne-t-il, à l'attention sans doute des sarkozystes qui répètent à longueur de journée, "c'est plié". LUI, n'exclut toujours rien, pas même d'être candidat au premier trimestre 2007. Et là se dessine en ombre chinoise, derrière le juge de paix des ambitions présidentielles de ses amis, le portrait d'un président vieillissant mais combattif qui n'a décidément renoncé à rien. Mais cette ambition là n'a évidemment rien à voir, avec les "les considérations d'ordre politique" dénoncées par ce même Jacques Chirac.

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