L'Edito politique par Françoise Degois. ____Alors que Nicolas Sarkozy a fait les gros yeux aux banques, en leur demandant de jouer le jeu ; alors que la crise frappe partout dans le monde ; alors que les bourses jouent au yoyo, les ventes du livre de Marx, « Le Capital », font un bond dans les librairies en Allemagne, comme, d'ailleurs, les ouvrages économiques de Galbraith ou Keynes. La crise ouvre des portes. Non, « Le Capital » de Marx ne sera pas, de sitôt, en tête des best sellers, pas plus que l'excellent « Brève histoire de la Finance mondiale » de John Galbraith, recommandé par l'ami Philippe Lefébure, chef du service éco de France Inter. Mais il y a là comme l'indication d' un mouvement de fond, une demande croissante des citoyens de pédagogie, dans ce flot d'images, cette communication de crise, utilisée aux 4 coins de la planète par des dirigeants politiques qui semblent être les otages d'un système sur lequel ils ont, au mieux, fermé les yeux, ou au pire, qu'ils ont encouragé. Comme si les citoyens - et il suffit de naviguer dans les forums sur Internet, pour le comprendre - comme si les citoyens disaient « on nous cache presque tout, on nous explique presque rien. » Et il est vrai qu'on a bien du mal à y voir clair dans ces paradoxes quotidiens. La journée d'hier est assez édifiante à ce titre. Un chef de l'état qui fait les gros yeux aux banquiers, avec un volontarisme indéniable - c'est sa qualité politique majeure - les menaçant alors que la seule véritable arme serait de nationaliser vraiment pour contraindre ces établissements qui n'ont eu de cesse d'appeler au secours et semblent aujourd'hui rechigner à rendre la monnaie de la pièce qu'on leur a donnée. Face à ce sentiment d'impuissance politique, qui n'est pas aujourd'hui, l'apanage de la France, il y a donc une volonté évidente de comprendre par soi même et d'aller chercher dans les grands classiques, comme « Le Capital » de Karl Marx, ou Galbraith, mais pas seulement les valeurs refuge. Non, il y a aussi les travaux menés dans l'ombre partout dans le monde et qui commencent, enfin, à émerger alors que leurs auteurs rament depuis 30 ans à contre courant de tout. Je pense notamment à Donella Meadows, professeur au MIT à Boston qui a consacré sa vie au développement durable. Meadows a trouvé une métaphore remarquable pour décrire les inégalités qui frappent aujourd'hui la planète. Si le monde était un village de 100 habitants, 6 habitants détiendraient 59% des richesses, 2 aurait fait des études supérieures et un seul possèderait un ordinateur. Voilà qui clarifie sérieusement les idées. Je pense à toutes les recherches menées pour encourager le développement durable ou l'investissement dans les énergies renouvelables qui commencent à aboutir. Souvenons-nous aussi des ricanements qui ont accueilli la voiture hydrique sortie du Japon. Aujourd'hui, plus personne ne ricane. Je pense aussi à cette économie sociale qui se développe loin de nos yeux braqués sur le petit bout de la lorgnette. Il aura fallu attendre le prix Nobel de la paix de l'indien Mohammad Yunus pour applaudir un système qui a pu naître uniquement parce que Yunus a osé transgresser tous les présupposés économiques. Je pense enfin à cette démocratie médiatique dont l'un des emblèmes est la journaliste américaine Amy Goodman. Son émission quotidienne de télé sur Internet, " Démocracy now ", est diffusée aujourd'hui dans plus de 700 stations à travers tout le pays - uniquement financée par les dons des auditeurs. Au début, les médias traditionnels ricanaient. Jusqu'au jour ou Bill Clinton en personne a demandé à être reçu dans l'émission. Oui, il se développe, loin de nos yeux aveuglés par la dictature de l'instant, de nouvelles façons de penser et de vivre. Alors, transgressons, transgressons... et nous ne serons peut-être pas à l'abri d'une bonne nouvelle.

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