L’Europe s’est fortement imposée dans le débat présidentiel.

Jusqu’à il y a une dizaine de jours, quand vous prononciez son nom, que ce soit à l’antenne, ou à table avec vos amis, les réactions étaient à peu près unanimes. Il suffisait de dire « Europe », pour que les uns regardent leur montre et les autres prétextent une urgence pour filer. Un sujet à la télévision consacré à l’Europe vous permettait, un peu comme avec la pub, de retourner à la cuisine, ou d’aller au petit coin. C’était LE sujet par excellence incompréhensible et barbant.

Et aujourd’hui, changement de statut : l’Europe est devenue « super tendance ». La crise européenne - fortement dramatisée par Nicolas Sarkozy, « le monde a failli sombrer » a déclaré le chef de l’Etat – cette crise est désormais une série à suspense qui passionne les foules, bien plus que l’éprouvant feuilleton DSK. Cette Europe, si bureaucratique et si austère, fait l’ouverture des 20h, avec des directs « grand frisson » depuis Bruxelles ou Athènes. Herman Van Rompuy, le Président du Conseil européen, est en passe d’être bankable , comme disent les Américains des comédiens à succès. Quant au sigle FESF – le Fonds européen de stabilité financière - il devrait vite concurrencer le FBI des séries américaines.

Tout simplement parce que les Français ont pris conscience que cette entité qu’ils jugeaient à la fois lointaine et abstraite s’est invitée brutalement dans leur quotidien, faisant peser une menace directe sur leur porte-monnaie. Tout le monde se demande si la menace de levée du triple A des agences de notations ne va pas impacter le pouvoir d’achat, l’épargne que chacun croyait à l’abri dans les banques.

L’opinion pourrait-elle devenir hostile à l’idée européenne ?

Ni plus ni moins qu’auparavant. Les europhiles, fidèles aux idéaux de Jean Monnet et de Robert Schuman, réclament une Europe plus politique, pourquoi pas fédérale. Les eurosceptiques, du moins certains souverainistes, vont jusqu’à rêver au retour du franc. La crise européenne devrait conforter chacun dans ses convictions. Mais une certitude : l’institution ne peut plus rester en l’état.

La crise européenne a dessiné une nouvelle menace.

Il fallait un méchant dans notre nouvelle série : c’est la Chine, et les 70 milliards d’euros qu’elle s’apprête à investir dans l’économie européenne. Une sorte de péril jaune du 21ème siècle, la communauté chinoise en France appréciera. Les politiques que vous croisez dans la Salle des Quatre Colonnes à l’Assemblée nationale ne se définissent plus en étant pour ou contre la taxation des parcs à thèmes. Mais pour ou contre l’irruption massive de capitaux chinois au sein de l’Union.

L’Europe s’est installée au cœur de la campagne présidentielle, pour occuper la place prépondérante qui aurait toujours dû être la sienne.

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