Par Marc Fauvelle.

Les coulisses du mariage annoncé entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo.

C'est le petit secret politique le mieux gardé du moment. Où, quand et comment les deux hommes vont-ils officialiser leur rapprochement ? A priori, cela devrait se faire en début de semaine prochaine, à Paris, mais l'UDI et le Modem n'ont toujours pas trouvé de salle susceptible d'organiser l'événement… Quant au nom de la future coalition, là encore c'est le mystère. Pour éviter les fuites dans la presse, les centristes ont même mis au point un stratagème, presque digne de la NSA. Figurez-vous qu'ils ont fait inscrire un faux nom sur tous les documents qui circulent en ce moment, pour tromper les journalistes et garder l'effet de surprise... Alors ce ne sera pas un parti politique au sens propre mais plutôt une maison commune avec des règles de vie façon colocataires. Tout cela a été négocié virgule après virgule, et inscrit noir sur blanc dans une charte, un document minimaliste -deux pages seulement- sur lequel les deux hommes sont tombés d'accord lundi dernier... Chacun a mis un peu d'eau dans son vin. François Bayrou tout d'abord, car le document précise bien que cette future coalition a vocation à être dans l'opposition à François Hollande, ce qui signifie que le patron du Modem -qu'il le veuille ou non- est bien rentré au bercail, au centre-droit. Pour lui, qui avait voté François Hollande au second tour de la présidentielle, c'est une pilule difficile à avaler... « Le centre n'est ni de gauche, ni de gauche », disait François Mitterrand… L'histoire vient de lui donner raison. De l'autre côté, Jean-Louis Borloo a dû lui aussi tempérer ses ardeurs. Sur la question des municipales, dans plusieurs grandes villes, des élus Modem gouvernent avec des majorités socialistes, eh bien, ils pourront continuer à le faire, sans être exclus, mais ils feront campagne sous leur propre bannière, celle du Modem. En fait, l'alliance a tout d'un accord gagnant-gagnant.

Jean-Louis Borloo apparaît comme le grand rassembleur des centres, avouez que ce n'était pas gagné depuis l'éclatement de l'UDF, et François Bayrou, lui, remonte une nouvelle fois en selle, et peut se préparer plus sereinement pour 2017.

Mais ce mariage, est aussi, et peut-être avant tout, une rupture…

Celle entre les deux François, Hollande et Bayrou… Et avec elle une occasion ratée de changer le paysage politique français. Il y a 18 mois exactement, tout était réuni pour une alliance entre les deux hommes… François Bayrou et François Hollande se connaissent depuis plus de vingt ans, ils s'apprécient, ils se tutoient, tous les deux sont de la même école, celle de Jacques Delors ; et sur le terrain des idées, François Hollande a bien plus d'atomes crochus avec un François Bayrou qu'avec les Verts ou les communistes mais le Président n'a pas osé. Il a eu peur de bouleverser sa majorité, d'être taxé de social-démocrate, lui qui l'est pourtant de plus en plus… Il est resté prisonnier d'un schéma vieux de quinze ans, celui de la majorité plurielle, qu'avait théorisé et mis en place Lionel Jospin. Pire, il l'a laissé coulé aux législatives, en privant François Bayrou de son mandat de député, le PS ayant maintenu une candidate à Pau, alors que Bayrou avait en partie contribué à l'élection et à la victoire de François Hollande… Au fil des mois, les rendez-vous entre les deux hommes se sont fait plus rares, les coups de fils également, et désormais, c'est ce que jure en tous cas l'entourage du patron du Modem, le fil est entièrement coupé depuis le printemps dernier. C'est aussi au regard de cette déception qu'il faut lire le rapprochement avec Jean-Louis Borloo... François Hollande disposait d'une occasion historique de faire ce que le SPD allemand ou les travaillistes britanniques ont réalisé depuis des décennies, et il l'a laissée passer.

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