Les sénateurs planchent sur la réforme territoriale. Ils en sont pour l’instant à la carte des régions.

Oui, c’est ce qu’il y a de plus spectaculaire… mais ça coince. Les élus alsaciens, par exemple, ne veulent pas s’unir avec la Lorraine et la Franche-Comté. Ce sont des débats qui mêlent des considérations politiques et identitaires (on a même entendu un député alsacien parler de « peuple alsacien » alors qu’il n’y a officiellement qu’un peuple, le peuple français…). Il y a aussi des considérations économiques, l’Alsace est plus riche que ses voisines. Quelle sera la carte finale… c’est en réalité un détail. L’important c’est qu’il y ait moins de régions. L’important, surtout, c’est l’articulation générale, avec les départements, les intercommunalités et les métropoles… et là il faut dire que ça devient assez compliqué. Compliqué ne veut pas forcément dire irrationnel. Au départ, Manuel Valls voulait supprimer l’échelon départemental. Plus de départements. Ça avait le mérite de la clarté. Mais la mise en pratique d’une organisation territoriale sans département est, en fait, encore plus compliquée et pour le coup, plus irrationnelle.

On dit que Valls renonce à supprimer les départements pour faire plaisir aux radicaux.

C’est vrai et faux. Le PRG, qui ne représente plus grand-chose, a beaucoup d’élus. Il a notamment quelques députés selon le bon vouloir des socialistes. La persistance radicale, artificiellement maintenue par le PS, sert aux socialistes à ne pas avoir l’air hégémonique ! La majorité a besoin de ces radicaux empaillés pour son décor pluraliste. Surtout depuis le départ des écologistes ! Disons que, comme Manuel Valls avait décidé de finalement maintenir les départements ruraux, il a calmé les radicaux en leur faisant croire que c’est eux qui l’avaient obtenu. Classique ! La vraie raison du maintien à terme (dans 5 ans) d’une soixantaine de départements sur 95, c’est qu’avec des grandes régions, les départements seront l’échelon de proximité adéquat en zone rurale. Un département gère un budget bien supérieur à celui d’une région. Depuis 2003, les départements ont distribué 48 milliards de dépenses sociales. Le département du nord verse un RSA par minute ! Les intercommunalités rurales ne seraient pas adaptées pour ça… La rationalisation, c’est donc moins de région, une dizaine de métropoles qui feraient office de départements. Comme à Paris et bientôt à Lyon avec le Rhône. Et dans les zones rurales, des départements et des intercommunalités plus puissantes, avec de vraies mutualisations de moyens. C’est là qu’il y a beaucoup d’économies à réaliser. Remarquons que, comme pour les prestations sociales, on sort de la règle de l’uniformité. On sait maintenant (c’est une entorse à notre jacobinisme) qu’uniformité territoriale et égalité territoriale ne sont pas synonymes et peuvent même être contradictoires. Si le référendum n’avait pas, dans nos institutions, un caractère si plébiscitaire…et surtout si le président n’était pas, à ce point, impopulaire, cette réforme territoriale, qui n’a pas été annoncée pendant la campagne, aurait pu faire l’objet d’une consultation nationale tout à fait justifiée.

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