"Parisien". A lire Laurent Wauquiez, ce mot est devenu le pire des qualificatifs, l'insulte qui fait mouche, le défaut suprême.

Illustration pour "Histoires politiques"
Illustration pour "Histoires politiques" © Radio France

"Emmanuel Macron est le plus parisien des Présidents que l'on n'ait jamais eu" déclare-t-il dans le Journal du Dimanche. Passons sur Laurent Wauquiez qui, sur LCI, place Saint-Etienne à 10 kilomètres de Lyon, collégien et lycéen à Paris quand Emmanuel Macron était scolarisé à Amiens. Tous les deux ont fait l'ENA ensuite alors qui est le plus parisien des deux ? Mais voyons ce qu'est un Parisien : un natif de Paris ou de l'Ile-de-France ? Un habitant ? Une personne dont la famille est parisienne depuis plusieurs générations ? Ou bien être "parisien" est-ce un état d'esprit ? Une vision de la France et de la société ? Le parisien est-il prisonnier du parisiannisme ? Parisien est-il devenu synonyme de technocratie, de déconnexion, d'élite coupée des réalités ? Oui si l'on traduit Laurent Wauquiez sauf que l'on est passé des "bobos parisiens" de Jean-François Copé à "parisien" tout court chez Laurent Wauquiez qui continue avec des mots très durs : "Emmanuel Macron est hanté par une haine de la Province". Avoir la haine de la province, c'est ça être parisien, être "parisien" c'est avoir la "haine de la province". Wauquiez propose là une version radicale de la défense de la "France des territoires" très en vogue à droite chez les modérés comme François Baroin ou Gérard Larcher. Chez Laurent Wauquiez le parisien ment contrairement à la terre qui, elle, ne ment pas.

Ces propos de Laurent Wauquiez sont-ils si dérangeants ? N'y-a-t-il pas une coupure entre Paris et les régions ?

C'est une certitude, il reste beaucoup à faire en matière de décentralisation mais pour l'instant l'on n'a pas encore entendu Laurent Wauquiez sur ce thème alors qu'à droite, à l'autre bout du spectre, des décentralisateurs convaincus se font entendre : Raffarin, Juppé, Bussereau. Laurent Wauquiez parle beaucoup de délinquance, de terrorisme, d'éducation, de laïcité et donc de ces affreux "parisiens"... Il fait exactement ce qu'il reproche à Emmanuel Macron accusé "d'opposer les générations et de diviser les français". Celui qui veut rassembler sa famille politique divise la population française. Après les assistés et les agents Pôle Emploi, il amalgame les parisiens, comme s'il y avait un déterminisme à être parisien. Imagine-t-on un discours sur les corses, les marseillais, les auvergnats et les clichés qui leur collent à la peau ? Eric Woerth, soutien de Wauquiez, a pris ses distances "je n'emploierai pas ces mots" mais Laurent Wauquiez dit la même chose que ces autocollants placardés à Bordeaux "Parisien, rentre chez toi".

Jacques Chirac aimait la tête de veau, Laurent Wauquiez réhabilite le parigot tête de veau, parisien tête de chien. A chacun sa façon de défendre la France des terroirs !

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