Une élection de trop, parce qu’un échelon territorial est de trop. Dénoncer le mille-feuilles des collectivités locales, c’est un débat récurrent (assez rasoir) et personne ne sait vraiment quoi faire.

Les degrés de reconnaissance des maires, présidents de régions ou de départements ne recouvrent pas leurs pouvoirs réels. Les maires sont les plus reconnus, mais en réalité, ce sont les présidents d’intercommunalité (dont bien peu d’administrés connaissent le nom) qui ont les manettes sur la vie municipale. Les présidents de régions sont plus médiatiques que les présidents de départements. Mais sait-on que les départements ont des budgets beaucoup plus importants que les régions ? Dans le débat infini sur l’échelon à supprimer, le sort retombe souvent sur le département. Le maire, c’est le maillage démocratique le plus serré, la nécessaire proximité… La région serait la taille critique pour organiser des bassins économiques à l’échelle européenne. Mais le département, à l’heure des puissantes intercommunalités, c’est l’échelon batard… Sauf que… si vous demandez à un Français d’où il est (à moins qu’il soit breton, alsacien ou corse), il ne vous répondra pas par un nom de région mais par celui de sa ville ou de son département. 

Le département est un échelon apprécié et bien identifié par les Français ! 

Alors même que Sieyès, après la Révolution, avait été le premier à imaginer un quadrillage départemental administratif avec ces dimensions, sans cohérence culturelle ou géographique, justement pour retirer toute notion de patriotisme de province. Seul le patriotisme national devait compter ! Finalement (et ça interroge sur la notion d’identité et d’appartenance), on dit –après s’être défini comme français, ‘je suis charentais, du 9-3 ou du Nord’… On ne dit pas de ‘je suis de Nouvelle-Aquitaine, d’IDF ou des Hauts-de-France’ ! Il serait donc sans doute impopulaire de priver les Français de cette identité départementale… Et puis le département est un échelon administratif utile, le préfet de département connait bien sa population et ses élus, celui de région règne sur un territoire trop vaste, même avant la réforme qui les a encore élargie en 2013. Ces imperfections de la carte de la France décentralisée expliquent aussi, en partie, l’abstention redoutée. Il faut dire aussi que  les modes de scrutin sont baroques : on doit, pour les régionales, voter par un scrutin de listes départementales et, le même jour, pour les départements avec un scrutin binominal mixte majoritaire à deux tours… par cantons ! Bon… Il s’agit quand même  (avec les compétences cumulées des départements et des régions) de désigner les élus qui décident de bien des aspects de notre vie quotidienne et pratique : cadre économique, structures de santé, école secondaire, transports en commun, une bonne partie de l’action sociale ! Pas de la sécurité, certes, dont beaucoup d’élus parlent quand même puisque c’est le thème le plus facile à exploiter et puis (louez mes efforts, j’essaie de fournir des arguments pour lutter contre l’abstention), si vous hésitez entre deux forces politiques, c’est cadeau… il y a deux bulletins à mettre dans l’urne !  

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