En politique, Bernard Tapie avait de vraies convictions antiracistes mais il était avant tout filou, un sacré magouilleur.

Bernard Tapie en politique : un filou. Ici duel Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen sur France 2 en 1989
Bernard Tapie en politique : un filou. Ici duel Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen sur France 2 en 1989 © Getty / Yves Forestier

Deux exemples : au début des années 90, François Mitterrand (second mandat) cherche à redynamiser la gauche en lui donnant un aspect pro-business. 

Bernard Tapie, très populaire, offre de remplir ce rôle pour le vieux président sous le charme duquel il était tombé.

Avec Tapie, pensaient les stratèges élyséens, on a un populisme positif et entrainant à opposer à celui, décliniste et clivant, de l’extrême-droite (on n’utilisait pas à l’époque les mots populiste, décliniste, clivant mais c’est l’idée). 

De fait, Tapie entrait en politique non pas en businessman à succès mais en grande-gueule antifasciste. 

La vérité est plus cynique

Lors des législatives de 1993, Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie se sont secrètement rencontrés chez le vieux leader, à Montretout, (entre les deux tours), pour, qu’à la faveur de triangulaires savamment orchestrées (et même financées) entre bretteurs presque complices, et d’échange de bons procédés que permet ce mode de scrutin, Bernard Tapie puisse être élu et Bruno Megret (ennemi intérieur de Le Pen) battu dans la circonscription voisine… l’anti-FN de Bernard Tapie passait par des chemins tortueux. En émule de François Mitterrand, il était à bonne école.      

Un deuxième exemple de la filouterie en politique de Bernard Tapie

Un souvenir personnel. 1992, élections régionales. Bernard Tapie est tête de liste en PACA. Il est aussi le populaire patron de l’OM. J’étais reporter pour RMC, chargé de couvrir l’évènement. Tapie me promet un scoop : "Il y a un match ce soir, viens dans les vestiaires juste après la rencontre et tu pourras interviewer en exclusivité Jean-Pierre Papin, il a quelque chose à dire sur la campagne".

C’était évident, la star du foot allait, à mon micro, appeler à voter Tapie. Un soutien de poids ! Alors avant le match, je me suis renseigné et me suis aperçu que Papin n’était pas inscrit sur les listes électorales.

Le soir, seul dans le vestiaire avec Tapie et Papin, j’enregistre le footballeur vanter les mérites de son président de club. Je lui demande : "Allez-vous, vous-même voter pour lui ?... Ben oui ? Mais où voterez-vous ? Vous n’êtes pas inscrit et vous donnez des consignes de vote ?"

Tapie, furieux, interrompt l’entretient, sort manu militari Papin du vestiaire et me garde 20 minutes, passant de la séduction à la menace pour que j’efface la bande devant lui… 

J’arrive à m’échapper du vestiaire avec mon magnéto et ma bande son, poursuivi par Tapie vociférant dans les couloirs de l’OM…

Arrivé au bureau marseillais de RMC tout fier de mon scoop, la direction de la radio m’ordonne de ne pas raconter cette histoire et de ne pas passer la pitoyable interview du footballeur.

Le patron de la chaine à l’époque, ami de Bernard Tapie, avait reçu un coup de fil de l’homme d’affaires

Ce sera le seul cas de censure de ma carrière. Tous les journalistes politiques ou sportifs ayant eu à faire à Bernard Tapie regorgent d’histoires de la sorte. Tapie en politique c’était ça : sympathique, pas dénué de convictions mais magouilleur et sans limites.   

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