Ces régionales démontrent que nous avons deux vies politiques parallèles. D’un côté une vie nationale, dominée par trois partis sonores mais qui n’ont aucun problème de leadership. De l’autre côté, une vie locale qui n’enthousiasme pas.

Les deux vies politiques françaises
Les deux vies politiques françaises © Maxppp / Dylan Meiffret

Les partis du président et de Marine Le Pen (c’est à dire des deux favoris pour 2022) n’auront très certainement aucune région dimanche prochain… 

Ces régionales montrent donc (à la suite des municipales) que nous avons deux vies politiques parallèles

D’un côté une vie nationale, dominée par trois partis sonores, d’inégales importances mais qui n’ont aucun problème de leadership : Le RN, LREM et LFI. De l’autre côté, une vie locale (municipale, départementale et régionale) qui n’enthousiasme pas grand monde et qui est animée par les deux grands partis classiques (PS et LR) sans leadership affirmés. 

Seuls les écologistes ont une existence moyenne dans les deux mondes (national et local). 

Ceux que l’on appelait les ‘partis de gouvernements’ (Le PS et LR) comptent désormais –c’est un comble- assez peu pour les sujets qui relèvent du gouvernement de la France. La décomposition politique qui résulte (ou qui a permis) la victoire d’Emmanuel Macron en 2017 n'a pas encore engendré de recomposition stable. 

Emmanuel Macron a gagné mais le macronisme n’a pas trouvé de contenu structurant, clair, qui puisse se décliner localement, s’insérer dans le tissu territorial français. 

Qu’est-ce que le macronisme municipal, régional ou départemental ? 

Personne ne peut le dire. Le Lepenisme (finalement aussi nébuleux) reste une protestation, une colère diffuse. Le pays (nous ne sommes pas seuls dans le monde à connaitre cette cartographie idéologique bouleversée, cette désaffiliation galopante) … le pays se cherche des nouveaux récits nationaux et en attendant, il reconduit mollement ceux qui gèrent la vie quotidienne à travers les collectivités locales. 

La déconvenue de LREM est impressionnante ! Oui, et en même temps, elle ne dit pas que le potentiel électoral présidentiel d’Emmanuel Macron (ni celui de Marine Le Pen d’ailleurs) est altéré. Il y a dé-corrélation et cette situation a de quoi inquiéter parce que tout ne peut pas procéder d’un homme pour très longtemps. Or qui pourrait dire ce que pense LREM sur les grands sujets ?

Quel est la position du parti présidentiel qui soit issue de ses propres travaux, de ses propres délibérations ? 

Avant de penser ou d’exprimer quoi que ce soit LREM doit attendre ce qu’en dit Emmanuel Macron. Il n’y a donc visiblement peu de raisons de voter pour un macroniste qui ne serait pas Emmanuel Macron (c’est-à-dire dans une collectivité locale). 2017 a cassé les vieux clivages mais pour l’instant rien de consistant ne remplace la gauche et la droite.

Le scrutin d’hier dit que LREM et Le RN sont deux têtes qui reposent sur des corps évanescents et que le PS et LR sont encore des corps qui bougent… mais sans têtes (pour le PS) sans tête qui s’impose encore vraiment (pour LR). 

Ces deux vies politiques parallèles, et leurs acteurs distincts et fragiles, sont-elles viables longtemps ? Si LR se trouve rapidement un leader la situation pourrait changer. Nous n’y sommes pas. En attendant cette situation n’aide pas à la lisibilité des débats? Or sans lisibilité la défiance progresse et la qualité de la vie démocratique s’en ressent.

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