La carte régionale de France reste la même !

L’hexagone maintient sa géographie politique comme si 2017 n’avait pas eu lieu. C’est une vérité de la science-politique, depuis la 1ère élection du président au suffrage universel directe en 1965 : La présidentielle structure la vie politique du pays. Le général de Gaulle lui-même avait conçu ces institutions pour qu’il en soit ainsi. L’élection d’Emmanuel Macron à l’issue d’une finale, sans les partis classiques, (PS et droite sous diverses appellations) était l’assurance d’une nouvelle donne. Les cartes étaient rebattues, les vieux clivages obsolètes. Les finalistes allaient, selon une loi aussi sûre que l’apesanteur, inventer le nouveau clivage pertinent et nécessaire. On attendait le précipité chimique, on cherchait à le qualifier pour le distinguer : mondialistes vs nationalistes, progressistes contre conservateurs. De nouvelles idées ou d’anciennes recyclées allaient irriguer ce paysage du 21ème siècle : l’écologie technophile ou décroissante, le libéralisme numérique, un nouveau populisme, l’identitarisme. 

Et puis non. 

Non ! Mais attention, la couleur de la carte de France reste certes toujours rose et bleue. Rose dans le sud-ouest, en Bretagne, dans les grandes villes, bleue dans l’Est, le Sud-Est et en milieu rural. Mais ces couleurs sont en réalité pastelles, comme diluées par le refus massif de voter. La population active et les jeunes ne se sont pas mobilisés, le cœur battant du pays ne s’est volontairement pas exprimé. Avec un tel taux de participation, composé du seul cœur de la population très politisée et des retraités, la France est dans une période non pas apolitique mais d’apesanteur idéologique. Macron2017 aura été le révélateur de la désidéologisation, de la désaffiliation politique plus que de l’apparition d’une nouvelle offre. Rien ne s’est encore construit de fondateur. Le nouveau monde est toujours immergé. Il faut dire que si l’on se penche sur les discours de chacun, il n’est question que de protection et d’angoisse. De la nécessité plus que de l’espoir. Le Rassemblement National se présente lui-même comme une réponse à l’angoisse identitaire. Les écologistes répondent à l’angoisse environnementale. Et la majorité, juste avant de devoir se consacrer à l’angoisse sanitaire, n’avait pas su dessiner un projet clair. En réalité les deux offres autour desquelles se cristallisent les débats sont écologistes et nationalistes/sécuritaires. Pour l’instant, aucun des représentants de ces deux grandes aspirations, (pas plus que ceux des formations plus classiques qui piochent dans ces thématiques) n’ont réussi à passer du discours réponse à l’angoisse à un discours positif de transformation de la société. Il faut attendre 2022 pour vérifier si la mécanique structurante de la présidentielle peut toujours faire son œuvre. Vivement que la gauche et la droite se trouvent rapidement des candidats et des discours. Vivement que LREM se trouve une ligne qui ne soit pas juste le bon vouloir d’un seul homme, pour que le débat puisse s’ouvrir et peut-être enfin recréer des clivages utiles, des choix identifiés et concurrents... Bref de la démocratie vivante ! 

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