L'obligation est une mesure de privation de liberté. C’est un acte grave, important et clair qu’il ne faut pas banaliser. Selon le mot de François Mitterrand, "il n’est pas de bonnes blessures pour la liberté… elles sont toutes mortelles".

L'obligation vaccinale des soignants
L'obligation vaccinale des soignants © Getty / Aleksandr Zubkov

Ce qui ne veut pas dire que, parfois, le dépositaire légitime du pouvoir, en démocratie, ne soit pas obligé de réduire les libertés. 

C’est vrai que depuis quelques années, sous le coup conjugué du terrorisme et des périls sanitaires, notre société s’habitue à débattre de libertés à sacrifier, plus que de libertés à conquérir. 

L’obligation vaccinale sera vécue par certains comme une atteinte à leur liberté médicale, à leur intégrité physique.

Mais il ne s’agit pas de sacrifier une liberté pour plus de sécurité (comme on le fait trop souvent, sous pression, en matière antiterroriste), seulement de permettre au plus grand nombre de continuer à jouir de la liberté de ne pas subir un nouveau confinement.

L’obligation vaccinale n’est donc pas un recul net de liberté puisque c’est aussi l’assurance du maintien de libertés pour tous. Et puis l’arbitrage entre la liberté des uns (ne pas être vacciné) et la liberté des autres (ne pas être confiné) est finalement assez simple. Il suffit de privilégier celle qui sauve des vies. 

C’est ainsi que l’obligation vaccinale pour les soignants est largement acceptée. 

Emmanuel Macron évoque même une possible obligation vaccinale à tous

Oui, comme une possibilité alors que le pass sanitaire deviendra un sésame pour quasiment toute vie sociale. On sait que depuis quelques jours, alors que les grandes voix médicales s’alarment de la baisse du nombre de prises de rendez-vous pour une première dose, la courbe de vaccination semble enfin s’inverser.

L’obligation pour les soignants, celle évoquée pour tout le monde, incite déjà les trainards vaccinaux, les réticents râleurs, à enfin passer à l’acte. Les chiffres de Doctolib de cette nuit sont éloquents.

C’est sur les non-vaccinés que doit peser la contrainte. Il est rapidement et gratuitement possible de s’en défaire en se faisant vacciner. Reste les antivaxs idéologiques. Pour eux une obligation serait un affront. Une obligation (ou un interdit) ne peut s’envisager que s’il est réellement mis en œuvre. 

Que faudrait-il mettre en place comme niveau de coercition pour faire appliquer une telle obligation ? 

Cela pourrait être rapidement facteur de plus de troubles encore. La solution réside donc dans le pass sanitaire très strict (et pas forcément numérique). Une sorte d’obligation aussi hypocrite qu’utile. 

Vivement que viennent des temps (et la présidentielle peut en être l’occasion pour peu qu’elle ne soit pas colonisée par l’obsession sécuritaire ou identitaire) des temps de débats sur de nouveaux droits, de nouvelles libertés et non plus sur le retrait (nécessaires ou fantasmatiques) de libertés si patiemment établies par nos démocraties.

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