Vous revenez sur une idée émise hier à ce micro par Brice Teinturier : la colère en France serait moins forte que l’on imagine.

La France est-elle vraiment autant en colère ?
La France est-elle vraiment autant en colère ? © AFP / Lucas Boirat / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Vous allez me dire… Est-ce le bon moment pour écouter les sondeurs ? Mais leurs enquêtes de popularité des personnalités politiques sont plus convaincantes (parce qu’établies au long court) que des intentions de vote, photos éphémères à un moment T, dans un contexte fugace. 

Ces derniers temps, les sondeurs (mais aussi des élus de terrain, des reporters) s’inscrivaient en faux quant au supposé état de colère noire des Français, leur supposé ras-le-bol généralisé dans un pays au bord de la guerre civile. Les partis aux extrêmes animent un débat polarisé et polarise un débat animé… pour le plus grand plaisir commercial de petites chaines de télé qui se disputent le marché de la peur, préfèrent susciter le clash télégénique qu’organiser des confrontations réfléchies. 

Les réseaux sociaux, dans ce mécanisme infernal, ont un effet démultiplicateur maintenant bien connu qui dessine un environnement de crise de nerf général. Le personnel politique et les commentateurs craignent toujours de passer à côté d’un phénomène populaire, d’être accusés de déconnexion (comme pour le referendum de 2005, l’irruption de Donald Trump, les gilets jaunes ou le Brexit). Ils ont, dès lors, tendance à sur-interpréter la moindre manifestation de colère et d’angoisse pour conclure hâtivement que rien ne va plus, persuadés d’avoir enfin mis le doigt sur la fameuse et fantasmatique majorité silencieuse

Ces derniers temps, il était de bon ton de décrire une France en colère tentée massivement par Marine Le Pen. 

Et ce n’est pas le cas ?

Non et les animateurs de la France en PLS vous expliquent maintenant que la colère est si forte que les électeurs ont déserté les urnes par un grand mouvement de protestation civique ! Là où il s’agit peut-être d’une fatigue démocratique (certes préoccupante) devant, justement, tant d’affrontements surjoués par les acteurs du débat public. En fait, rien n’est plus compliqué que de sonder les reins d’un abstentionniste, c’est-à-dire d’un citoyen qui ne dit rien

Ipsos, via son baromètre de popularité, mesurait la réponse "très défavorable’"(pas juste défavorable) envers Emmanuel Macron à 50% en 2018. Ce qui reflétait une intense colère. C’était l’époque des petites phrases arrogantes, malhabiles, d’un président, méconnaissant la vraie vie des Français. C’était surtout une époque de réformes initiées par un président qui avait été élu contre Marine le Pen plus que pour son programme. Mais la situation a changé. Emmanuel Macron est aujourd’hui à 25% de "très défavorable". Les réformes sont gelées, le président arrogant, maintenant, minimisent la gifle reçue d’un badaud haineux. Et puis, passant de la réforme à la protection, Emmanuel Macron a mis en place le "quoi qu’il en coute". 

La France post-Covid, presque vaccinée, qui se découvre pas si abimée que ça, n’est peut-être pas si en colère… ce qui est vrai aujourd’hui ne l’était pas il y a 6 mois et ne préjuge en rien de l’état d’esprit en mai prochain. Le climat politique, dans un environnement de désaffiliation partisane, serait devenu, comme la météo… changeante, conjoncturelle. Appelez-moi Marie-Pierre Planchon.  

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