"NOTRE électorat ne s’est pas mobilisé"... Les responsables politiques désolés par l’abstention, (surtout les perdants) l’ont répété à l’envie.

 Mais un mouvement politique peut-il toujours utiliser un pronom possessif s’agissant de l’électorat ? 

Si un parti n’a pas enregistré de succès ce ne serait donc pas (selon la théorie dite de l’abstention différentielle) parce qu’il aurait perdu des électeurs, mais parce que ses électeurs (donc qu’il possèderait toujours) n’auraient pas cru bon se déplacer pour d’obscures raisons de conjonctures, à cause des médias ou d’un manque information ! 

Voilà des excuses assez spécieuses parce que les électeurs n’appartiennent à personne. Et s’ils ne se déplacent pas, ils ne sont (momentanément peut-être) plus les électeurs de personne.  

Mais les études d’opinion ne montrent-elles pas que chaque famille politique a un électorat plus spécifique ? 

Si mais ne faudrait-il pas inverser le propos ? Certains groupes sociologiques se tournent plus facilement vers certains mouvements politiques, ont des partis de prédilection, certes, mais ils ne sont pas leurs choses… Les français ne se pas passifs et simplement déterminés par leur appartenance sociale ou géographique. Le procès en individualisme ne résiste pas à l’analyse. Le monde associatif est toujours aussi vivant en France. 

Mais tout ce qui fait l’animation citoyenne quotidienne du pays a tendance à se désarrimer de la vie des partis

 Exemple : L’une des abstentions la plus forte a été enregistrée en Seine-Saint-Denis. Pourtant, pendant la pandémie, il y a eu dans ce département un foisonnement d’initiatives spontanées d’entre-aide (notamment dans la jeunesse). 

En d’autres temps ce sont des structures politisées qui en auraient été à l’origine.

 Aujourd’hui –signe des temps- si vous vous investissez dans la vie associative, il faut commencer par dire ’je ne fais pas de politique’ pour rassurer tout le monde.

 Quand un responsable politique (jusque dans les années1980/90) disait MON électorat, il parlait du réseau élargi de militants, sympathisants et électeurs habituels, reliés, par un maillage associatif, syndical, canalisé par les élus locaux et les structures partisanes. 

Aujourd’hui quand un politique parle de SON électorat, il évoque ces catégories socio-professionnelles, ces tranches d’âges, qui, par leur profil-types, entrent dans une catégorie que les sondeurs caractérisent comme étant susceptible voter pour lui. 

C’est un potentiel, une part de marché, comme une chaine de télé cible la ménagère de moins de 50 ans. Les raisons de ce changement de relation entre les partis et la population sont multiples (et l’objet de nombreuses recherches universitaires).

En attendant, le Notre électorat, possessif des responsables politiques perdants décrit une mentalité de propriétaire. Or, ce sont les électeurs (peuple souverain) qui choisissent les mouvements politiques et donc pourraient s’en estimer propriétaires. La preuve, – On l’a vu dimanche- ils en font ce qu’ils veulent, pas l’inverse… 

L'équipe