Faut-il analyser le moindre propos des polémistes ? On va essayer de ne pas trop le faire mais quand il devient candidat et pèse à ce point sur les débats (il suffit de voir les propos des responsables LR et RN ces derniers jours ingérant la théorie du grand remplacement) il faut s’y arrêter !

Retour sur un mot d'Eric Zemmour
Retour sur un mot d'Eric Zemmour © Getty / Eric Fougere

Ça risque d’être ça la campagne !

La France sera à moitié islamique en 2050’, dit le polémiste-candidat. La question principale en 2050 n’est-elle pas plutôt de savoir si la France sera toujours un pays tempéré ! Mais c’était l’édito d’hier. 

L’affirmation de Zemmour se base sur une évolution démographique. C’est vrai, selon le Pew Resherch Center (think tank américain spécialisé dans l’étude du poids des religions) la France compte un peu plus de 8% de musulmans (majoritairement non pratiquants) et en compterait en 2050 de 12 à 18%. Impossible de savoir combien seront pratiquants et à quel point. 

Mais affirmer que la France risque alors d’être islamisée c’est estimer (de façon paranoïaque, voir raciste) que chaque musulman sera forcément un islamiste et que le pays sera soumis à cette minorité.    

C’est aussi ce que prédisait Michel Houelbecq !   

Oui, dans son roman prétendument prémonitoire : En 2023 (dans deux ans !), disait-il, la France serait présidée par un islamiste ! 

Cette vision dépressive suppose que toute politique d’assimilation ou d’intégration (deux mots en perpétuelle redéfinition) est vouée à l’échec. Vison qui extrapole la situation des quartiers ghettoïsés, alors que la grande majorité des Français d’origine arabe (la plupart des musulmans de France) ne se définit pas d’abord comme religieuse, ne vit pas dans ces ghettos et tient à une forme société sécularisée. 

D’ailleurs, contrairement aux élucubrations paniquées de Zemmour et Houellebecq, les rares listes communautarises aux élections locales ne remportent jamais aucun succès. Si risque de fracture de la cohésion nationale il y a, il viendra bien d’un accroissement et d’une densification des ghettos, due aussi au refus de la mixité nourrie, justement, par les discours de l’entre-soi pétochard. 

En énonçant une telle prospective, Éric Zemmour confond société multiconfessionnelle à la libanaise (et son résultat dramatique) et société républicaine qui, malgré tout, reste solide, largement plébiscitée, et pour lequel on peut toujours œuvrer.

Certes, cette société républicaine est aux prises avec des revendications identitaires agressives d’islamistes et de politiques français qui voudraient, par exemple (comme Éric Ciotti) inscrire les racines judéo-chrétiennes dans nos institutions pourtant laïques.

Le Figaro Magazine titrait, avec en couverture une Marianne voilée : ‘serons-nous encore français dans 30 ans ?’

 C’était en 1985, il y a 36 ans ! La ficelle est vieille comme la peur… est toujours efficace. Visiblement ce n’est encore cette fois que les candidats et la société pourront débattre sereinement, avec des arguments rationnels, de l’immigration. La campagne qui s’ouvre se trouve bien sous la menace de la plaie identitaire.   

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