Pour le Président de la République tout semble bien aller, il faut surtout des voitures neuves et des uniformes redessinés et moins de paperasseries !

Plus de bleu ! s’est exclamé le président qui fournit lui-même le slogan de la pauvreté conceptuelle dont a accouché ce Beauvau. 

Aucun propos sur la finalité de la police, aucune interrogation sur la doctrine du maintien de l’ordre.

En réalité tout semble bien aller, il faut surtout des voitures neuves et des uniformes redessinés et moins de paperasseries ! Pas un mot sur la prévention, rien sur le rôle social de la police alors que la grande majorité de ses interventions a à voir avec la misère ou les dislocations familiales. 

Plus rien, bien sûr, sur la police de proximité

Les chercheurs, les universitaires qui étudient les questions de sécurité, de maintien de l’ordre n’étaient pas invités à participer activement au Beauvau. 

Il en résulte une série de promesses catégorielles, quelques améliorations techniques élémentaires comme l’accroissement des moyens contre la cybercriminalité ou la suppression de procédures chronophages.

On rajoute quelques mois de formation aux gardiens de la paix après les leur avoir retiré. En Allemagne ou au Danemark, (ce pays considéré comme ayant une police modèle) c’est trois ans, trois fois plus qu’en France ! Trois ans au cours desquels on apprend la démocratie et la désescalade de la violence.

Et donc cette promesse de "plus de bleu"

Pour rassurer la population, dit le président ! Donc pour traiter le sentiment d’insécurité plus que pour assurer la sécurité. Du bleu qui se montre, c’est des enquêteurs, du renseignement en moins, du personnel en moins pour accueillir les plaignants dans les commissariats. 

Le chercheur au CNRS Sébastien Roché a établi, en consultant les enquêtes de victimation menées auprès de la population sur des années, que c’est ceux qui n’avaient pas l’occasion de voir la police agir (en fait la plus grande partie de la population) qui avaient le plus confiance dans les forces de l’ordre. 

Les populations en contact avec la police (surtout dans un contexte de robocopisation galopante) n’ont plus confiance. Notamment les jeunes et pas seulement dans les quartiers populaires. 

Le discours d’Emmanuel Macron, hier, est étonnant alors qu’il y a deux semaines à Marseille le chef de l’Etat avait, au contraire, décrit la situation sécuritaire de la ville avec toutes les nuances et les contextualisations nécessaires. 

Il avait évoqué la situation urbanistique et sociale qui expliquait un état de violence à traiter globalement. 

Pourquoi, un tel appauvrissement du propos en deux semaines ? 

L’explication est d’une désespérante banalité : la présidentielle. 

A Marseille Emmanuel Macron tentait d’obtenir les bonnes grâces de toute une population et d’élus locaux, à Beauvau, il fait un exercice purement catégoriel de début de campagne. 

Tout comme Anne Hidalgo doit, dès maintenant, embarquer l’électorat des enseignants avec des propositions salariales inespérées, Emmanuel Macron (qui occupe la place à droite pendant qu’elle est vacante) veut s’emparer de l’électorat des forces de l’ordre en tuant toute réflexion dérangeante sur une nouvelle philosophie de la sécurité. 

Cette campagne 2022 s’annonce, de toutes parts, sans vergogne.      

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