Peut-il y avoir une mondialisation progressiste ? La question paraît incongrue, tant l’idée générale reste que la mondialisation a sapé nos modèles sociaux.

La mondialisation peut-elle être progressiste ?
La mondialisation peut-elle être progressiste ? © Getty / Catherine Falls Commercial

La mondialisation a, certes, tirés les prix vers le bas, seulement –chez nous- elle a plus détruit d’emplois qu’elle en a créé. 

Mais aujourd’hui la mondialisation ne dérégulerait plus forcément et c’est même par elle que le retour de la souveraineté publique peut s’opérer efficacement

Peut-on envisager une mondialisation progressiste ? Naïveté suprême ou constat réaliste ? Pascal Canfin,  député européen, marcheur, ancien EELV, président de la commission environnement du Parlement de Strasbourg défend la deuxième hypothèse. Via le Think-tank de centre-gauche Terra-Nova, il explique qu’il n’y a pas à aller chercher bien loin. 

Il suffit d’observer ce qui se passe dans les instances internationales, la prise de conscience et le faisceau de décisions, de les mettre en cohérence pour voir se dessiner, depuis quelques temps, une autre mondialisation. Le balancier parti loin, à la fois vers la dérégulation puis le nationalisme avec le Brexit, Trump ou Bolsonaro, est-il en train de revenir sous l’impulsion de Joe Biden vers une vision plus conforme à ce que prône la France, jusque-là, un peu seule ? 

C’est ce que croit Pascal Canfin qui propose une vision globale à l’inverse de l’image d’un monde de repli nationaliste et de dérégulation, généralement décrit.

Que serait cette ‘mondialisation progressiste’? 

D’abord l’idée que l’on peut inverser le ‘take back contrôle’, slogan de Boris Johnson, en constatant que pour reprendre le contrôle de la finance, réguler efficacement, taxer vraiment ce qui doit l’être, ça ne peut passer que par le multilateralisme. Le repli des Etats-Nations donne l’illusion d’un retour à la souveraineté mais en réalité fragilise ces outils plutôt que de les renforcer. Par exemple la lutte contre le dumping fiscal ou les paradis fiscaux (et le reporting pays par pays est en route !)… comment l’appliquer chacun de son côté ? 

Longtemps, l’OCDE, le FMI, l’OMC, l’Union Européenne, les banques centrales sont apparus (et étaient) des bras armés de la dérégulation générale. Ce serait fini. Ces institutions (dénigrées par les souverainistes) sont maintenant vectrices de régulation, de critères sociaux, environnementaux, fiscaux. Exemple : la création d’un forum des banques centrales (déjà effectif) pour coordonner le financement d’une économie moins carbonée, les plans de relances inédits post-Covid, sont la marque d’un changement de pratiques et de mentalités comme le mécanisme de taxe carbone aux frontières de l’Europe qui va être mis en place en 2023. 

Si un jour on veut taxer les fortunes ça n’aura d’intérêt que si c’est mondial

On peut rêver mais qui aurait parié que l’Amérique réclame enfin une taxe mondiale sur les GAFAM ? Une tendance se dessine pour un retour de la souveraineté publique par le multilatéralisme (donc la mondialisation). Reste à rendre visible cette tendance. Pascal Canfin propose là un contenu et un discours au progressisme En Marche, pour l’instant bien creux, alors qu’à Paris c’est plutôt la macronie sécuritaire qui tonitrue. Emmanuel Macron saura-t-il s’en saisir ? La présidence française de l’Europe en 2022 en serait l’occasion idéale

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